La suprématie d’Abdoulaye Daouda Diallo

Dans l’ensemble, l’orthodoxie a bien été respectée dans la répartition des services. Ce spécialiste des régies financières revient d’abord sur les tâches qui devront normalement incomber à chaque département.

En attendant d’étudier le décret de répartition, il faut retenir qu’en principe, le ministère en charge des Finances doit se charger de tout ce qui est en relation avec l’élaboration et l’exécution de la loi de finances, donc du financement de toutes les dépenses publiques, de la gestion de la trésorerie de l’Etat… Et ainsi, renseigne-t-il, toutes les directions générales participant à l’élaboration et à l’exécution doivent dépendre de lui. Quant au ministère en charge de l’Economie, il lui revient, en principe, tout ce qui est suivi des agrégats macroéconomiques, le respect des engagements de l’Etat vis-à-vis de ses partenaires… “Il s’agira, à ce niveau, d’être dans la planification et le suivi’’, estime-t-il, soulignant que la coopération doit permettre le suivi des relations. Au vu du décret de répartition, on peut affirmer que cette dernière direction va également participer à la recherche de financements des différents projets de l’Etat. En effet, Amadou Hot a hérité de la stratégique Direction générale de la Coopération et des Financements extérieurs, en plus de la Direction générale de la Planification et des Politiques économiques. En tout, l’ancien patron du Fonsis, qui débarque de la Banque africaine de développement, n’aura que deux directions générales sous sa tutelle. M. Hot hérite aussi de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), du Comité paritaire public privé des zones économiques spéciales ainsi que du Comité national d’appui aux partenariats public-privé (Cnapp). Son tandem Abdoulaye Daouda Diallo, lui, s’en sort avec le gros lot. Sans surprise, il a la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, la Direction générale des Douanes, la Direction générale des Impôts et des Domaines, la Direction générale du Budget ainsi que la Direction générale du Secteur financier. Daouda Diallo contrôlera également le Fonds spécial de soutien au secteur de l’énergie (Fse), l’Observatoire de la qualité des services financiers, le Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip) et enfin le Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis). Donc, le nouvel homme fort.

La Coopération, première source de discorde

Très souvent oubliée, la Coopération est, en effet, un portefeuille très important qui suscite bien des convoitises. D’ailleurs, expliquent nos sources, ce n’est pas pour rien si Amadou Ba était très couru, jusqu’au-delà des frontières sénégalaises. En effet, par lui devaient passer tous les partenaires privés comme publics devant contracter avec le Sénégal sur le plan économique et financier. Habituellement, la Coopération était rattachée au Trésor et donc au ministère en charge des Finances. Ce n’est plus le cas, depuis le dernier remaniement ministériel et confirmé par le décret de répartition des services. En fait, certains considèrent ce département comme la source de beaucoup de nébuleuses.

Dans son livre dédié au “scandale’’ Prodac, le coordonnateur du Forum civil, Birahime Seck, fait d’ailleurs un focus sur cette direction qui fait rarement parler d’elle, en montrant comment le Mef a pu engager, selon lui, le pays dans des conventions fortement léonines au bénéfice d’intérêts obscurs. En effet, au chapitre 13 de l’ouvrage, le coordonnateur du Forum civil, s’appuyant sur le contrat entre l’Etat et Locafrique, dans le cadre dudit programme, dénonce : “Au Sénégal, les conventions de financement sont entourées de mystères. Elles sont signées dans une opacité absolue.’’ Mieux, se demande-t-il “si l’argent utilisé pour rembourser le principal et payer la charge de la dette (intérêts et commissions diverses) au titre des conventions de financement, appartient aux citoyens’’.

Selon le patron du Forum civil, “cette culture d’opacité, développée autour de la préparation, de la signature et de la mise en œuvre des conventions de financement, est générale. Amadou Ba, estime-t-il sans dédouaner pour autant l’ancien ministre de la Jeunesse Mame Mbaye Niang, “est l’artisan de la convention de financement défavorable à l’Etat du Sénégal’’. Et le mal, selon lui, ne concerne pas uniquement la convention État du Sénégal et Locafrique. Il cite, en outre, l’exemple de la convention de financement signée au profit de l’entreprise Myna Distribution Sa pour des études, la fourniture, le transport, la construction de dorsales Mt et l’électrification de localités dans le cadre du Programme national d’urgence d’électrification rurale (Pnuer). Un programme d’un montant de 60 milliards de F Cfa. “Elle est nébuleuse et pleine d’irrégularités’’. Homme le plus informé du pays, le président de la République ne pouvait l’ignorer.

Pendant longtemps – plus de cinq années – il a laissé son “poulain’’ dérouler. Il y avait aussi un second mandat en jeu. Maintenant que c’est dans la poche, les risques de sabotage minorés, le “plan de liquidation’’ peut être mis en branle. Pourquoi ce portefeuille de la Coopération a été confié à Amadou Hot, au détriment d’Abdoulaye Daouda Diallo qui, selon nos interlocuteurs, devait en être le bénéficiaire légitime ? Il y a deux hypothèses, de l’avis des spécialistes. Peut-être le président de la République, constatant les dérives mises en exergue par Birahime Seck, veut une gestion plus “transparente et vertueuses’’ de ces financements. Raison pour laquelle il a choisi Amadou Hot qui est moins coloré, au détriment d’Abdoulaye Daouda Diallo qui est un politicien pur et dur. Peut-être aussi, ce n’est qu’une mise en œuvre de recommandations des institutions de Bretton Woods qui surveillent la politique d’endettement du Sénégal comme du lait sur le feu. Et qui ont eu, à maintes reprises, à tirer la sonnette d’alarme. Quoi qu’il en soit, les puristes, eux, trouvent que cette amputation relève d’une anomalie qu’il va falloir corriger. Ce scénario qui consiste à amputer la Coopération du Trésor n’est pas une première. Déjà, en 2009, Abdoulaye Wade avait réalisé le même scénario, même si la motivation était diamétralement opposée. Là-bas, il s’était surtout agit de renforcer son fils Karim Wade.

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