La Dic traque plus de 200 passeports diplomatiques

Macky Sall a promis de laver les écuries d’Augias de la très nébuleuse galaxie des passeports diplomatiques. Son récent coup de gueule, concernant la prolifération de ce document de voyage officiel, n’est peut-être pas gratuit. Il nous revient, en effet, que la Division des investigations criminelles (Dic) va devoir encore faire étalage de ses compétences, pour jeter un rayon de lumière sur la confection de plus 200 passeports diplomatiques par le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (Maese).

Le nouvel entrant, Amadou Ba, n’aura pas à s’en faire, puisque cette enquête va concerner la gestion de son prédécesseur à ce poste, Me Sidiki Kaba. Une affaire d’autant plus intrigante, nous apprend-on, que ces documents auraient été fabriqués et délivrés à beaucoup de non ayants droit durant la phase transitoire entre la réélection de Macky Sall et la constitution du nouveau gouvernement le 7 avril dernier.

L’un des proches collaborateurs de l’ancien Maese, Soro Diop, contacté par ‘’EnQuête’’ hier dans l’après-midi pour recueillir la version du désormais ministre des Forces armées, a assuré de l’indisponibilité de Me Kaba, avant de promettre de tout faire pour le faire réagir. Cet épisode est-il la véritable raison qui a poussé le président de la République à arrêter la saignée ? En tout cas, son courroux a été mémorable, en apprenant la nouvelle, nous souffle-t-on, et la Dic est aussitôt mise à contribution pour situer les responsabilités. Le 17 avril dernier, dix jours après la nomination du gouvernement, soit l’un des tous premiers Conseils des ministres, Macky Sall décide de la suppression des passeports diplomatiques en cours et instruit le nouveau Maese à en produire de nouveaux, ‘‘en vue d’une plus grande rationalité dans leur octroi’’.

L’obligation de réagir était pressante, car des précédents peu glorieux ont mis à mal le prestige de ce document et, par voie de conséquence, du Sénégal. Dans sa livraison du 23 juillet 2018, le journal ‘‘L’Observateur’’ faisait état de complaintes de polices des frontières des pays de l’espace Schengen concernant la prolifération et la détention de ce document par des personnes non habilitées. Ce qui a attenté à la crédibilité du document au point que l’Italie a décidé d’imposer le visa aux détenteurs du passeport diplomatique sénégalais. Même la France, partenaire privilégié du Sénégal, ne s’y est pas opposée. C’est le veto espagnol qui a sauvé les meubles, pour le Sénégal. Un tour de vis sécuritaire pour restreindre l’ampleur de cette détention du passeport diplomatique est alors engagé par Macky Sall.

Ironie du sort, le journal ‘‘Le Témoin’’ rapportait, quant à lui, dans sa livraison d’hier, que Lamine Faye, garde du corps de l’ancien président de la République Me Abdoulaye Wade, s’est vu déposséder de ce précieux document de voyage, mardi dernier, par la police des frontières sénégalaises, à sa descente d’avion, en provenance du Vieux continent. Le phénomène avait atteint des sommets sous le régime libéral.

Obtention

Le site du gouvernement explique que le passeport diplomatique est un titre de voyage permettant à son titulaire de jouir, à l’étranger, de privilèges exceptionnels inhérents à son statut juridique ou de mesures de courtoisie internationale attachées à son rang.Il est délivré par le ministère des Affaires étrangères pour un an.Il peut toutefois être prorogé.

En principe, ce sont les membres du gouvernement, les membres d’institutions comme le Sénat, l’Assemblée nationale, le Conseil économique et social, les diplomates (conseillers des Affaires étrangères et chanceliers), les hauts magistrats (présidents de la Cour suprême, du Conseil d’Etat, etc.) ainsi que les fonctionnaires sénégalais en service dans les organisations internationales qui sont habilités à le détenir.

Contrairement au passeport ordinaire délivré par la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage, toute la procédure, gratuite, pour l’obtention du passeport diplomatique, se passe au Maese. Les concernés doivent déposer une demande manuscrite adressée au ministre des Affaires étrangères, une carte nationale d’identité en cours de validité, des photos d’identité numériques prises sur place et un formulaire retiré au Maese et dûment rempli pour un délai de délivrancede10 jours.

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