Tanor face à une seconde fronde

Alors que son secrétaire général Ousmane Tanor Dieng est jusqu’ici en France pour des soins médicaux, le Parti socialiste fait face à une nouvelle fronde. Des membres du Bureau politique et d’autres instances de base ont mis en place le Front pour la vérité et la justice au Ps, pour fustiger la gestion du parti.

L e Parti socialiste s’enlise davantage dans la crise qu’elle traverse depuis un bon moment. Outre le départ de son porte-parole national adjoint, Me Moussa Bocar Thiam, la formation que dirige Ousmane Tanor Dieng devra faire face à une nouvelle fronde déclarée par des membres du Bureau politique et d’autres instances de base. Ces derniers, regroupés dans le Front pour la vérité et la justice au Ps, s’insurgent contre la gestion du parti. Ils dénoncent ainsi une “seconde crise’’ extrêmement grave, due à la confiscation de l’intérêt général. Dans un contexte interne actuel, ils estiment que la frustration et le mécontentement de l’écrasante majorité des militants et responsables socialistes ont atteint des proportions rarement égalées.

Ce front, selon son porte-parole Abdoulaye Gallo Diao, est fort de plus d’une centaine de membres, tous issus du Comité central et dirigé par un comité de pilotage de 15 membres parmi lesquels Boubacar Baldé dit “Sarkozy’’, Malamine Diatta et Doudou Gnagna de la 19e coordination de Thiès. Contacté hier par “EnQuête’’, Abdoulaye Gallo Diao confie d’ailleurs que le comité de pilotage du front fera face à la presse, la semaine prochaine, pour décliner sa feuille de route. En attendant tout cela, le front annonce une tournée de sensibilisation et de mobilisation auprès des responsables socialistes, pour une session urgente du Comité central.

Le front, qui réitère son soutien à Me Moussa Bocar Thiam, s’en prend violemment aux ministres socialistes Serigne Mbaye Thiam et Aminata Mbengue Niaye qu’il qualifie de conspirateurs et de comploteurs contre le Ps. “A ces deux voleurs de postes de ministres du Ps, nous déclarons, persistons et signons que le Sen qu’ils ont convoqué samedi 11 mai 2019 à la Maison du Ps, pour légitimer leur hold-up, est totalement illégal et illégitime pour ces raisons suivantes : le Secrétariat exécutif national, élargi aux élus nationaux, n’est pas statutaire, ni réglementaire, car n’étant pas prévu par les statuts et le règlement intérieur du Ps’’, fulminent-ils dans une déclaration rendue publique hier.

Avant de préciser que, selon l’article 18 du règlement intérieur du Ps, “le secrétaire général peut, à l’occasion de l’examen de certaines questions, convier, ponctuellement, des personnalités ressources du parti à une réunion du Bureau politique ou du Secrétariat exécutif national’’. L’esprit et la lettre de cette disposition réglementaire renvoient exclusivement, selon eux, à la compétence et à l’expertise individuelles, mais non pas à la qualité d’élus nationaux. En outre, “l’absence, à cette réunion du Sen, du secrétaire général du parti, de ses deux adjoints, du secrétaire général du Mouvement national des jeunesses socialistes, de la présidente des Jeunesses féminines socialistes, du porte-parole et de son adjoint, et l’absence d’autres responsables socialistes membres du Sen, enlève à cette 67e séance toute sa légitimité et sa légalité, car n’ayant pas atteint le quorum de ses membres pour statuer sur quoi que ce soit’’.

Pour faire face à cette forfaiture, le front opte pour la sensibilisation auprès des militants de base. Sur ce, il vise à organiser une grande résistance à l’intérieur et à l’extérieur du Parti socialiste, en vue de mettre fin à ce que ses initiateurs considèrent comme une conspiration inédite. Pour une sortie de crise, ils appellent le secrétaire général du Ps, Ousmane Tanor Dieng, dont le mandat est arrivé à expiration, à la convocation, dans les plus brefs délais, du Comité central, en vertu de l’article 28 des statuts du Ps. Celui-ci dispose : “Le Ps est dirigé, entre deux congrès ordinaires, par le Comité central (…).’’

En plus de l’article 28 de leurs statuts, ils citent également l’article 12 qui stipule que “le Comité central tient trois sessions au moins dans l’année. Il peut également se réunir à tout moment, à la demande des 2/3 de ses membres ou sur décision du Bureau politique. Le Comité central, en tant que parlement du parti, contrôle l’exécution des décisions du Congrès, du Bureau politique et du Secrétariat exécutif national’’. Or, le Comité central ne s’est réuni qu’une seule fois, depuis le 15e Congrès ordinaire de 2014. Ce qu’ils jugent inadmissible et inacceptable, au regard du mode d’organisation et de fonctionnement du Ps.

Tentative de chantage

Cette “agitation’’, selon le secrétaire général du Mouvement national des jeunesses socialistes, le député Mame Bounama Sall, n’est rien d’autre qu’une tentative de chantage. “En vérité, Gallo cherche à avoir une planque. Il verse dans le chantage. On peut ne pas être d’accord sur certaines décisions, mais la manière dont il procède pour décrier cela n’est pas la méthode la plus appropriée. Nous sommes un parti structuré où le débat démocratique a toujours prévalu dans nos instances’’, confie-t-il d’emblée, lorsque joint par téléphone. Le secrétaire général du Mnjs d’expliquer d’ailleurs que son absence au Sen du 11 mai dernier est due à des raisons professionnelles. “En tant que parlementaire, j’étais sur le terrain. J’étais à Ziguinchor, dans le cadre d’une activité parlementaire. Mais j’ai été convoqué au Sen. Abdoulaye Wilane, Mamadou Wane et autres sont aussi en mission hors de nos frontières’’, précise le jeune socialiste. Qui n’a d’ailleurs pas manqué de souligner que jusqu’à ce jour, la légitimité d’Ousmane Tanor Dieng à la tête du Ps ne souffre d’aucun doute. “Au dernier Congrès qui a permis au Ps de soutenir Macky Sall, le mandat des différents responsables du parti a été prolongé jusqu’au prochain Congrès. Ils doivent travailler à la base pour être responsabilisés, s’ils se pensent plus légitimes que les autres’’, persifle-t-il. Mame Bounama Sall d’ajouter également que lors de la mise en place du gouvernement, le président Tanor n’était pas au Sénégal. “Jusque-là, les gens n’ont pas eu un entretien avec lui pour comprendre les contours de ces nominations (Aminata Mbengue Ndiaye et Serigne Mbaye Thiam). Tous les responsables avisés ont préféré attendre le moment venu pour discuter de la question’’, renchérit-il.

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