Dans l’utopie d’un Sénégal zero déchet

Le président de la République, Macky Sall, a lancé le jeudi 8 août, la campagne nationale pour un Sénégal «zéro déchet». Le travail pour la propreté du Sénégal qu’il avait qualifié «d’impératif» devrait être engagé juste après la Tabaski. Pour le moment, en lieu et place d’un Sénégal avec un «Dakar propre», c’est un pays et sa capitale en phase d’être engloutie par les ordures que l’on constate.

Lors de son discours d’investiture, prononcée le 3 avril 2019, le président de la République, Macky Sall, a jugé urgent de mettre fin à l’encombrement urbain, à l’insalubrité, aux occupations illégales de l’espace public et aux constructions anarchiques dans des zones inondables comme le Technopole de Dakar. Mieux, il avait manifesté le souhait d’avoir un Sénégal plus propre dans ses quartiers, plus propre dans ses villages, plus propre dans ses villes. «Je ferai prendre, sans délai, des mesures vigoureuses dans ce sens. J’y engage aussi les autorités territoriales et locales, ainsi que les mouvements associatifs et citoyens», avait-il indiqué. Cet engagement, le chef de l’Etat l’a réaffirmé lors de la cérémonie de lancement de la campagne «Sénégal, zéro déchet». Le président Macky Sall, avait même donné des instructions dans ce sens à son ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique, Abdou Karim Fofana, pour qu’après la Tabaski, des mesures fortes soient prises afin de débarrasser Dakar et le Sénégal des ordures et des occupants illégaux. Pour le moment, les opérations sont entamées avec, entre autres, le délogement des occupants des abords du Stade Léopold Sédar Senghor et la devanture de la Foire et de Parc Lambaye de Pikine. Mais, le chemin qu’il reste à parcourir pour un Sénégal «zéro déchet» semble encore très long.

LES MURS DE L’ECOLE NATIONALE DE POLICE TRANSFORMES EN TOILETTES A CIEL OUVERT

En effet, au Sénégal, l’usage du plastique est incontrôlé. L’existence d’une loi n’a rien changé, malgré son entrée en vigueur en janvier 2016. Kigali, la capitale rwandaise à qui Dakar, veut emboiter le pas, a réussi à se départir des sachets non biodégradables. Les sacs en plastique y sont interdits depuis 2006. Ils ont été remplacés par des sacs en papiers biodégradables. Une Journée nationale de nettoiement, avec la participation de tous, à commencer par le président Paul Kagamé, y est instituée chaque mois. Pour l’instant, Dakar se perd dans ses ordures, ses eaux puantes qui inondent les rues et les déchets plastiques. Ce spectacle est d’autant plus désolant qu’après chaque pluie, si faible soit-elle, eaux usées, boue noirâtre mêlée à des déchets solides et plastiques, odeurs nauséabondes campent le décor. Quid de l’ensablement des routes et rues qui réduit à néants les efforts des services de l’assainissement ? Les caniveaux, après curage (si c’est effectif), sont remplis par des déchets, du sable et de la boue aussitôt après, à la moindre pluie, parce que drainés par des eaux de ruissellement et autres comportement inciviques. Si ces canaux ne sont pas tout simplement transformés en dépotoirs d’ordures, par endroits. En guise d’exemple, les abords du mur de l’Ecole Nationale de la Police et de la Formation permanente, en plus d’être traversés par un canal (à ciel ouvert) qui a fini par être un réceptacle de déchets plastiques et d’herbes sauvages, sont transformés en des toilettes à ciel ouvert. Fait insolite, mais habituel, dans la soirée du mercredi 28 août, malgré les incessants va-et-vient, l’on voit des conducteurs de taxis qui s’y soulagent. A l’image des usagers (chauffeurs, rabatteurs – coxeurs – apprentis, clients et marchants tabliers ou simples passants…) des deux arrêts-cars communément appelés Ecole normale (actuel Fastef) ou Ecole Police qui se font face à cette extrémité de l’avenue Bourguiba. Comble du malheur, les enfants défèquent à ses endroits souillés et à l’air libre sur ordre de leurs génitrices plus préoccupées par leurs petits commerces ou la mendicité.

LAVEURS DE VOITURES, GARAGES EN DEVENIR, GARGOTES, CHARRETIERS ET DEPOT DE GRAVATS…, UN AUTRE VISAGE DE DAKAR

L’image que reflète la capitale sénégalaise, c’est aussi celle des laveurs de voitures dans tous les coins des rues. Sur le Boulevard de la République, non loin de l’hôpital Principal de Dakar, ils y ont installé leur quartier. C’est ce même décor qui prévaut à la place OMVS, à côté de l’ex-Ecole Normale Supérieur (actuel Faculté des Sciences et Technologies de l’Education et de la Formation – Fastef). En plus d’être un lieu de lavage de voitures, c’est un garage en devenir laissé à la merci des gargotes et autres occupants illégaux que l’on voit ici. En plus des tas d’immondices, les canaux d’évacuation des eaux usées, débordés ou obstrués, déversent constamment les déchets en surface, dans les rues. C’est le cas à la Sicap Baobab, sur les deux voies de Liberté VI, non loin de la Maison d’arrêt et de correction, sur l’avenue Bourguiba en face du stade Demba Diop, à hauteur des stations d’essences de Castor et à la Cité des eaux, et beaucoup de rues de la Médina et de Gand-Dakar, pour ne citer que ces points. A côté de la Foire, non loin de la Direction des impôts et domaines et du Centre de formation Sénégal-Japon, par exemple, c’est le spectre de l’occupation anarchique, avec des charretiers et le dépôt de gravats qui indisposent les habitants et autres citoyens. La cité Keur Gorgui, elle aussi, commence à perdre son statut de quartier résidentiel. Des baraques, des vulcanisateurs, des commerces à la sauvette se sont installés à côté de l’allée principale de cette cité.

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