General Birame Diop « Force one « 

La nomination du désormais général de corps aérien Birame Diop au poste de Chef d’état-major général des armées (Cemga) a été favorablement accueillie dans les rangs. 

On pourrait même dire qu’elle a fait l’unanimité, le président de la République ayant eu la main heureuse encore une fois s’agissant de l’Armée. Cette nomination du général de corps aérien Birame Diop au poste tant envié et stratégique de Cemga constitue en tout cas le sacre d’un parcours sans faute. Le fait que ce soit un aviateur qui va désormais diriger l’Armée nationale n’y change rien même si, en dehors du général Mamadou Mansour Seck « Number One », seuls les terriens ou fantassins régnaient sans partage à la tête de nos armées. Donc après « Number One », il nous plait de surnommer Birame Diop « Force One » compte tenu de ses grandes compétences professionnelles et ses remarquables qualités humaines hors pair. Comme tout Cemga, il deviendra le conseiller militaire le plus important et le plus influent du président de la République.

La désignation d’un officier-général au poste de Chef d’état-major général des armées (Cemga) constitue un moment fort et très attendu dans la vie des armées. Au delà de la nomination de l’autorité appelée à prendre en main le destin de nos forces de défense, elle désigne le militaire le plus gradé des armées. Pour les années à venir, ce sera le général de corps aérien Birame Diop ! Comme dit ci-dessus, il devient le deuxième aviateur après Mamadou Mansour Seck dit « Number One » (1988-1993) à exercer les fonctions de Cemga.

S’il a fallu attendre 28 ans après l’indépendance du Sénégal pour voir un produit de l’armée de l’Air nommé Cemga, il a fallu encore patienter 26 ans pour voir un autre aviateur diriger l’armée nationale. A noter qu’aucun marin n’a jamais eu ce privilège depuis bientôt 60 ans que le Sénégal a accédé à la souveraineté internationale. Mais peut-être qu’avec l’amiral Cheikh Bara Cissokho…

A part ces deux remarquables exceptions que constituent les généraux Mamadou Mansour Seck « Number One » et Birame Diop « Force One », le poste de chef d’état-major général des Armées est la chasse gardée des « terriens » parmi lesquels on trouve tout de même des hommes du Génie, des fantassins, des cavaliers ou des artilleurs. Certains observateurs estiment toutefois que, quelle que soit la qualité des hommes, ce déséquilibre n’est pas raisonnable, ne serait-ce qu’au vu de l’importance de l’arme aérienne dans la guerre moderne. L’Armée de l’air est en effet chargée d’acheminer sans délai les provisions et matériels nécessaires aux unités engagées au front. Si elle ne procède pas au largage des parachutistes et à l’évacuation sanitaire des soldats blessés. Avec des avions de guerre (appui feu) et de reconnaissance, l’Armée de l’air participe aussi aux combats pour la destruction des cantonnements et poudrières en zone ennemie.

En réalité, d’ailleurs, face à la vigilance des opinions publiques promptes à manifester dès qu’il y a morts de soldats, les guerres de nos jours — du moins celles que mènent les puissances occidentales mais aussi la Russie ! — se font essentiellement à coups de bombardements effectués par des avions. En période de paix, l’armée de l’air effectue des missions de police du ciel tout en participant au développement du pays : plan Orsec, patrouille maritime (protection des ressource halieutiques), surveillance aérienne, acheminement des personnels de santé et leur matériel de vaccination en cas d’épidémie dans les villages les reculés du pays etc. Du Ciel, ces dieux que sont les aviateurs ont la capacité de dompter la Terre et la Mer. Une triple arme (métier) ! Donc vous conviendrez avec nous que les aviateurs ont vraiment la cote ! Une cote que confirme davantage la nomination d’un général de corps aérien à la tête de nos armées.

A ce poste stratégique, le général Birame Diop sera dès son installation le conseiller militaire le plus important et le plus influent du président de la République. Non seulement le Cemga est le responsable de l’envoi ou de l’engagement des troupes sur ordre du président de la République, mais il est également le responsable de la vie et de la mort des soldats sénégalais. A l’intérieur comme l’extérieur du pays. Car, c’est lui qui valide les stratégies et tactiques de guerre ou de défense. Ce en plus de gérer la troupe sur tous les plans. On voit donc combien la fonction de Cemga est importante et sensible !

Le décollage des missions onusiennes…

D’ores et déjà, il n’est pas exagéré de surnommer Birame Diop « Force One ». Car aussi bien dans les rangs qu’en dehors de l’Armée, tout le monde s’accorde à reconnaitre à l’unanimité que le président de la République, Chef suprême des armées, ne s’est pas trompé de choix sur l’homme et l’officier-pilote. Ce, compte tenu de ses compétences professionnelles et qualités humaines remarquables. Reprendre le plan de vol exceptionnel (Cv) du tout nouveau patron des armées, c’est retarder notre envol. Le général de corps aérien Birame Diop est un pur produit du Prytanée militaire avant de réussir au prestigieux concours d’entrée à l’Ecole de l’air de Meknès (Maroc). Ensuite, il a fait plusieurs formations de spécialisation en pilote de ligne (moyens-courriers) au Canada, aux Usa et France attestant sa qualification sur les avions « Fokker F27 », « Rallye Guerrier », « Casa », « TwinOtter » etc.

Sans oublier les aéronefs de chasse (appui feu) et de reconnaissance aux bords desquels Birame Diop « Force One » a également fait ses preuves. Démarche martiale, sourire chaleureux lors des fêtes traditionnelles de retrouvailles, mais visage glacé et rigoureux dans le commandement, le général de corps aérien Birame Diop a gravi tous les échelons à Ouakam avant de devenir (d’abord) Chef d’Etat-major de l’Armée de l’Air (2015-2017). D’ailleurs, c’est sous son commandement que l’Armée de l’air a connu de profondes mutations qui ont eu pour effet de moderniser les équipements et augmenter la puissance de feu. Ces mutations ont surtout permis de contrer la fuite des cerveaux en incitant les pilotes et mécaniciens à rester pour servir l’Armée nationale. Avant son arrivée à la tête de l’Armée de l’Air, ces derniers formaient le gros des bataillons des compagnies aériennes du Sénégal et de la sous-région. En plus d’avoir réhabilité de fond en comble la base aérienne Mame Andallaye Cissé de Ouakam, Birame Diop a également amélioré les conditions de travail des personnels et, surtout, réussi à leur faire allouer diverses primes qui les ont incités à rester sous les drapeaux. Il a aussi réussi à décrocher un contrat avec les Nations-Unies (Onu) pour le déploiement de l’Escadron-hélicoptères en Côte d’Ivoire, Centrafrique etc. Et ces missions permanentes ont permis aux équipages de l’Armée de l’air d’obtenir des revenus et primes conséquents. Cinq fois plus que leur salaire de base, dit-on. Avec le général Diop, l’Armée de l’air possède sa propre école de formation en pilotage et mécanique aéronautique. Des commandos de l’air sont également formés dans cette école. Et au lendemain de la disparition de l’avion de Sénégal Air au large de Dakar, il y a quelques années, le général Birame Diop, alors patron de l’Armée de l’air, avait immédiatement réactivé le Centre de coordination des opérations air (Cco-Air) ayant pour mission de déclencher les recherches et d’organiser les secours pour tout avion en détresse dans notre zone maritime et terrestre.

L’atterrissage forcé à Keur Madiabel…

Pour avoir longtemps voyagé à bord des avions militaires en qualité de reporter de guerre, votre serviteur a pu constater que les commandants de bord, mais aussi les copilotes, les passagers ne les aperçoivent que très brièvement à l’embarquement. Et ça s’arrête là puisqu’on ne les approche pas facilement. Et pourtant, leurs carnets de vol renferment des hauts faits et des anecdotes prouvant leur dextérité et leur professionnalisme. Le général Birame Diop « Force One » ne fait pas exception à cette règle. Tenez ! Courant 2005, lors d’une mission d’inspection à Kédougou, le Cemga d’alors, le général Pape Khalil Fall, et son staff étaient à bord d’un Fokker piloté par le lieutenant-colonel Birame Diop. Un incident technique survint alors à bord de l’aéronef qui tanguait car semblant avoir perdu l’équilibre. Hercule dans la prise des bonnes décisions utiles, le commandant Birame Diop a réussi avec courage, dextérité et professionnalisme à maintenir le cap et stabiliser l’avion sur l’axe Tamba-Kédougou tout en évitant de faire un demi-tour qui serait fatal à l’ensemble des passagers. Ouf ! De retour de mission à Dakar, le Cemga avait d’ailleurs adressé à Birame Diop une lettre de félicitations dont le contenu a été lu à l’émission radiophonique Armée-Nation.

Encore, encore derrière les rideaux du cockpit de mon général se cache une drôle d’anecdote qui n’a pas fini de faire rire dans les casernes. On était dans les années 90, nos interlocuteurs ne se souviennent pas de la date exacte, et il y avait des manœuvres aériennes de simulation. L’alors commandant Mor Sène (pilote) et le capitaine Birame Diop (copilote) aux commandes du « Twin-Otter » (petit avion) ont atterri en « catastrophe » sur un terrain de football à Keur Madiabel. Une localité située à 40 km de Kaolack et d’où est originaire l’actuel président de l’Assemblée nationale. Et dès que l’appareil s’était posé, la rumeur d’un « avion gracieusement affrété par Moustapha Niasse pour La Mecque » s’était répandue comme une traînée de poudre dans tout ce terroir du Saloum. Et à Keur Madiabel, les populations couraient dans tous les sens et convergeaient vers l’avion en s’écriant : « Maaka rék ou la mort ». L’aéronef était entouré d’une foule gigantesque et compacte au point que cela a failli virer au drame ! Il a fallu donc l’intervention en catastrophe des gendarmes pour « éteindre » la rumeur, disperser la foule et faire décoller « Niasse Airlines » dont la carlingue avait beaucoup souffert durant cet épisode. Une chose est sûre : après Seck « Number One », Diop « Force One » prend son envol ! Pour avoir fait l’unanimité autour de sa nomination, tout le monde lui souhaite « bon voyage ». Et surtout pour qu’il puisse faire mieux que ses proches prédécesseurs à savoir les généraux Mamadou Sow Nogass et Cheikh Guèye qui ont placé la barre sociale et opérationnelle des troupes très haut…

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