Le MFDC bat de l’aile

Ils sont arrivés à bord d’une moto. Ils ont tiré sur lui et il est mort. » L’ armée sénégalaise a bien confirmé la mort d’Abdou Elinkine Diatta, survenue le 27 octobre à Mlomp, à une quarantaine de kilomètres de Ziguinchor, dans le sud du pays, mais l’identité des assaillants reste inconnue. Ancien porte-parole du MFDC, Abdou Elinkine Diatta était une figure de la rébellion de Casamance. Pour le journaliste sénégalais Abdoulaye Sambou, qui a longtemps couvert le conflit casamançais, son assassinat ressemble bien à un règlement de compte interne au sein mouvement.

« Le MFDC a éclaté en plusieurs factions depuis plusieurs années. Ses chefs se regardaient en chiens de faïence. La faction dirigée par Elinkine Diatta n’était pas du goût de certains combattants du mouvement. Ils lui reprochaient d’avoir abandonné la lutte armée », explique le journaliste sénégalais à la BBC

Des factions rivales qui se sont affaiblies

L’ancien porte-parole du MFDC était l’un des artisans de l’accord de paix de 2004. Il avait ensuite été accusé de chercher à fractionner le mouvement dont il a été exclu avec ses fidèles. « C’est ainsi qu’il est devenu le chef d’une faction civile », explique le chercheur Jean-Claude Marut, bon connaisseur de la crise casamançaise. Pour lui, si la rébellion en Casamance peut encore mener quelques « opérations symboliques », elle est plus que jamais affaiblie. Elle a considérablement perdu de sa force, constate-t-il.

« Le rapport de force entre l’Etat et le MFDC a évolué de telle manière que toute action militaire de la rébellion ne peut pas aller très loin. Avec la chute de l’ancien dictateur Yahya Jammeh, le groupe rebelle a perdu les possibilités de repli et de ravitaillement que lui offrait la Gambie voisine », analyse Jean-Claude Marut dans les colonnes de l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Aujourd’hui, le MFDC est composé de plusieurs factions rivales qui sont engagées dans une lutte de positionnement au sein du mouvement. Depuis 1982, le groupe rebelle mène une rébellion indépendantiste qui a fait des milliers de victimes civiles et militaires et ravagé l’économie de la Casamance, région agricole et touristique du Sénégal.

« L’Etat est en train de gagner la partie »

Des tractations de paix se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir du président Macky Sall en 2012. En vain. Les dernières négociations se sont déroulées à Rome en octobre 2017, sous l’égide de la communauté catholique de Sant’Egidio, médiatrice dans le conflit casamançais. Elles n’ont débouché sur aucun accord. Ce sont les dernières discussions officielles auxquelles a participé l’Etat sénégalais, constate Jean-Claude Marut. Il estime qu’au vu de l’évolution du rapport de force sur le terrain, Dakar a tout intérêt à chercher à affaiblir la rébellion par tous les moyens.

« Accepter aujourd’hui de négocier avec la rébellion aussi affaiblie reviendrait à la relancer, à lui donner une importance qu’elle n’a pas. L’Etat est en train de gagner la partie. » – ean-Claude Marut, spécialiste du conflit en Casamanceà Jeune Afrique

Depuis la signature d’un cessez-le-feu entre l’Etat sénégalais et les rebelles du MFDC en 2014, une accalmie est observée en Casamance. Plusieurs milliers de personnes qui avaient fui les violences dans les pays voisins ont regagné progressivement la région et permis la reprise des activités économiques.

La branche armée du mouvement séparatiste a menacé récemment de reprendre les armes, mais les observateurs font remarquer que son territoire s’est considérablement rétréci ces dernières années. Ils doutent sur ses capacités réelles à reprendre les hostilités.

Franceinfo Afrique 

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