Le sabre d’El Hadj Oumar Tall de retour au bercail

En visite à Dakar, Édouard Philippe, le Premier ministre français restitue ce dimanche au président Macky Sall le sabre d’un marabout et résistant sénégalais du XIXe siècle, jusqu’ici exposé au musée des Invalides à Paris. En 2017, Emmanuel Macron s’était engagé à rendre les œuvres spoliées par la France à ses anciennes colonies.

La lame et le fourreau du sabre d’El Hadj Omar Tall, chef religieux vaincu par les Français en 1893, sont déjà dans les réserves du Musée des civilisations noires de Dakar. Hamady Bocoum, le directeur du musée contemple le sabre, nouveau joyau brillant sous les projecteurs de sa future salle d’exposition : « Le sabre d’El Hadj Omar, cela fait la troisième fois qu’on nous le prête. C’est la troisième fois que la France nous prête ce qui nous appartient, souligne-t-il. Et dans le rapport de Felwine Sarr et de Bénédicte Savoy, il était dit que le sabre d’El Hadj Omar faisait partie des objets qu’il fallait restituer tout de suite. Bien évidemment, on est content cette fois que ce soit un voyage sans retour. »

L’objet est mythique. Un symbole de la lutte contre la colonisation française qui ramené en 1894 par le colonel Louis Archinard lors d’une campagne menée contre le fils du combattant. « En termes de résistance, c’est quelqu’un qui représente beaucoup, rappelle Aimé Kantoussan, directeur de la recherche du musée. Et je pense que, quand les jeunes viennent au musée et qu’ils voient le sabre d’El Hadj Omar exposé, c’est déjà une fierté. Sachant que l’histoire d’El Hadj Omar est beaucoup enseignée dans nos établissements. »

Flou juridique

« C’est le symbole d’une unité retrouvée qui fait que la réconciliation sur le plan culturel entre la France et les États concernés va se consolider davantage, explique El Hadji Ibrahima Ndao, professeur et historien. Parce qu’aller au musée du Louvre ou aller au musée du Quai Branly et voir là-bas des objets qui visiblement ne viennent pas de la France, mais de nos sociétés ou de nos pays, cela crée un certain malaise, même si on ne le dit pas. »

Mais autour de cette restitution historique demeure un flou juridique : il s’agit pour l’instant d’un prêt de cinq ans consenti au Sénégal. Pour rendre définitivement le sabre, le dernier mot revient aux députés français qui devront voter une loi.

RFI 

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