Oumou Khaïry Thiam, ailière des lionnes «Pourquoi je n’étais pas performante au Mondial»

Championne d’Afrique en 2015, Oumou Khaïry Thiam fait partie des cadres de la sélection féminine de basket, malgré son jeune âge. Évoluant sous les couleurs de Spar Gran Canaria (L2 Espagne), l’ailière de 28 ans parle sans détour de ses objectifs et ses prestations en dent de scie lors du Mondial. Elle s’est aussi penchée sur l’Afrobasket 2019 et le rôle des cadres pour la reconquête du titre.

Comment se passe votre saison avec Spar Grand Canaria ?

Franchement, je m’attendais à un meilleur résultat, surtout avec la qualité de joueuses que nous avons (Spar GranC anaria est 9ème sur 14 du groupe B de la LF2). Cependant, il faut avouer que la tâche s’avère plus complexe que prévu, surtout avec un changement imprévu à la tête du staff. Néanmoins, nous continuons de travailler chaque jour afin de faire une meilleure phase retour.

Quels sont les objectifs cette saison en club et sur le plan personnel ?

Etant très exigeante envers moi-même je sais qu’individuellement, je ne suis pas encore au meilleur de mes performances sur le plan offensif. Je continue à bosser dur afin d’aider mon club à faire une bonne fin de championnat.

Qu’est-ce qui explique ces changements de clubs et de pays ?

Je suis une joueuse de basket-ball professionnelle et une des qualités importantes d’un professionnel c’est la capacité à s’adapter et à s’ajuster aux changements. Durant ces dernières années, j’ai eu la chance de diversifier mes expériences en saisissant les opportunités qui se sont présentées à moi et cela en fonction des mes objectifs de carrière. Car la gestion de carrière fait aussi partie de la vie d’un athlète professionnel. C’est dans cette lancée que j ’ai choisi de jouer en Espagne, cette année. En plus, je souligne que dans tous les clubs où je suis passée, j’ai eu des propositions de prolongation de contrat à la fin de chaque saison. Maintenant, avec ce capital expérience accumulé durant ces dernières années, je demeure ouverte à signer des contrats de plus longue durée en fonction des opportunités qui s’offriront à moi.

Vos prestations lors de la Coupe du monde ont été fortement décriées par certains observateurs. Comment expliquez-vous cette baisse de forme ?

Ces observateurs n’ont sans doute pas pris en compte le fait que je me suis blessée à la cheville juste avant notre tournoi en France quelques jours avant de rallier Tenerife. Ce qui a poussé le coach à faire des ajustements. C’est une blessure qui m’a beaucoup coûté j’avoue. Parce qu’elle a occasionné une réduction considérable de mon temps de jeu et de mes performances. Cependant, c’est un sort et des critiques que j’accepte avec beaucoup d’humilité car les blessures font malheureusement partie
de la vie d’une athlète professionnelle.

«Je suis avant tout ce qu’on appelle «a team player». Pour moi, c’est l’équipe avant tout. C’est comme ça que j’ai été formée depuis le centre de basket, puis aux USA avec la mentalité que le basketball c’est avant tout un sport d’équipe»

Le manque de compétition et les changements répétitifs de clubs ont-ils influé sur vos performances ?

Non. Comme je l’ai dit, les changements de clubs ne sont pas un handicap car le basket-ball c’est une passion. Je suis en compétition à chaque fois que
j’en ai l’occasion et que la santé me le permet. C’est ainsi qu’après l’Afrobasket 2017 je suis partie au Portugal dans la 2e phase du championnat avec une blessure à la main gauche (sa main dominante) que je traînais. Ainsi, sur conseil médical, j’ai décidé que c’était plus sage de laisser ma main guérir pour pouvoir revenir à 100%, surtout qu’il y avait le
mondial 2018 en vue. Avec l’âge et l’expérience, la sagesse nous gagne et on
fait de meilleurs choix de carrière. Contrairement à certaines déclarations
dans la presse disant que c’est le club qui avait rompu mon contrat. J’en profite pour faire un clin d’œil à tous vos collègues journalistes de la presse écrite et audiovisuelle car j’ai d’excellents rapports avec tous les journalistes en général. Nous nous côtoyons beaucoup durant les grandes compétitions.

En Espagne, vous sortiez souvent du banc. Ce rôle de remplaçant vous convenait-il ?

Je suis avant tout ce qu’on appelle «a team player». pour moi, c’est l’équipe
avant tout. C’est comme ça que j’ai été formée depuis le centre de basket, puis aux usA avec la mentalité que le basket-ball c’est avant tout un sport d’équipe. Les individus sont moins importants que le collectif, et comme je l’ai dit, avec ma blessure, le coach a dû faire des ajustements. Au finish, l’important c’est que l’équipe a fait un très bon tournoi. Je me sens honorée et fière de faire partie de ce groupe, comme remplaçante ou titulaire. Je suis juste heureuse d’avoir la chance de performer dans un sport que j’aime, de pouvoir porter le maillot du Sénégal et de représenter tout un peuple au concert des grandes nations du basketball féminin.

Pensez-vous que le Sénégal a des chances de reconquérir le titre en
2019 ?

Bien sûr. Le Sénégal a de très grandes chances de reconquérir le trophée. Cependant, il ne pourra le faire qu’avec une très bonne préparation, afin de mettre tous les atouts de notre côté. Nul doute que la reconquête ne sera pas facile, surtout avec la progression énorme des autres équipes, je pense entre autres aux Nigérianes détentrices du titre qui sont redoutables.

Et le rôle des cadres dans l’atteinte de cet objectif ?

Comme vous le savez, les grandes compétitions se gagnent avec l’expérience. les cadres sont très utiles dans les grands moments où les enjeux sont importants et le stress à son maximum. Ces cadres servent à donner confiance aux nouvelles ainsi qu’à aider à canaliser la fougue de jeunesse qui peut parfois porter préjudice lors des grands matches dont l’issue se joue à quelques pertes ou possession de balles près. on entend souvent le terme «game changing momentum» (changement de jeu
dynamique).

Quelle lecture faites-vous de l’arrivée de jeunes joueuses dans la sélection ?

C’est une très bonne chose à encourager. le Sénégal regorge de jeunes talents à travers le monde qui méritent qu’on leur donne une chance. J’ai eu la chance d’entrer en équipe nationale très tôt, de côtoyer et cheminer avec
mes aînées.

Vous avez travaillé avec trois coaches Pape Moussa Touré, Moustapha Gaye et Cheikh Sarr. Qu’est-ce qui les différencie dans l’approche et la méthode de travail ?

Ce sont trois grands coaches qui ont des personnalités et des trajectoires
différentes faisant qu’ils peuvent différer dans la manière et l’approche de
coaching. mais, une chose est sûre c’est qu’ils sont tous les trois rigoureux et de vrais patriotes avec une forte mentalité de gagneurs. Je les remercie individuellement pour la confiance portée en moi au fil des années et surtout leurs apports dans ma carrière de basketteuse. Je ne saurais terminer sans remercier ma famille et les nombreux supporters qui nous accompagnent tout au long des différentes compétitions.

Entretien réalisé par Mor Bassine Niang (Record)

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