Chronique d’une mort prématurée

La compagnie aérienne sénégalaise, Air Sénégal SA est l’aboutissement d’un long processus. L’ancêtre de Air Sénégal, est incontestablement, Air Afrique, compagnie trans régionale. Cette compagnie a vu le jour grâce à un accord liant onze Etats africains francophones en 1961. Les pays africains, ne pouvant pas, à ce moment assurer un trafic aérien, car les moyens financiers manquaient. Ainsi, une grande compagnie africaine est mise sur pied avec 6,54% de capital pour chaque pays membres. Le siège se trouvait à Abidjan et le Sénégalais Cheikh Boubacar Fall en fut le premier directeur. Le Togo finit par rejoindre Air Afrique. Les premiers vols ont lieu le 15 octobre 1961 avec un Super Constellation loué par Air France.

Air Afrique s’était liée à la compagnie française UTA, pour un partage des frais pour la plus grande part de ses recettes. En peu de temps, l’espace aérien entre l’Europe et l’Afrique est vite monopolisée par Air Afrique qui se développe rapidement. La bonne entente entre les pays concernés et la bonne relation avec la métropole favorisent l’essor de la multinationale. Une dizaine d’années après, le Cameroun et le Gabon quittent Air Afrique, mais leur départ n’a pas un grand impact sur la multinationale.

Ainsi, le réseau Air Afrique dessert vingt-deux pays africains, une partie de l’Europe et New York City. À la fin des années 1970 la flotte se renforce. En 2002, Air Afrique possède entre autres des Airbus A310, A300, A330 et des DC-10.

Les questions de mauvaise gestion se multiplient. Et puis patatras, la compagnie africaine est acculée par les dettes. Les Etats actionnaires ont décidé de liquider la compagnie au profit de Air France. Le groupe français détiendra 35% des parts. Le personnel avait 5%. Air Afrique est durement touchée par les chocs pétroliers et est contraint de suspendre ses opérations en novembre 2001.

Cap sur Air Sénégal International

La même année, le Sénégal avait jeté les bases de sa propre compagnie aérienne, Air Sénégal International. Au préalable, Air Sénégal International a d’abord été lancé en 1971 avant de déclarer faillite en 2000. En 2001, il relance ses activités mais avec la majeure partie des parts revenant au groupe Royal Air Maroc. L’Etat du Sénégal a 49% des parts.

Puis sur Sénégal Airlines

La compagnie a réalisé, en 2007, un chiffre d’affaires de 74 260 533 270 de francs CFA et un résultat d’exploitation de 4 030 221 000 de francs CFA. Le 24 avril 2009, la compagnie cesse ses activités à la suite de la rupture avec la Royal Air Maroc. C’est ainsi qu’en 2011, Sénégal Airlines renaît des cendres de Air Sénégal International.

La compagnie s’est fait rapidement de la place dans le transport de 13 destinations intérieures et régionales en Afrique majoritairement en Afrique de l’Ouest avec une flotte de 2 avions. Elle s’appuie sur la compagnie des Émirats arabes unis et choisit d’utiliser des avions d’Airbus2. L’Etat et diverses sociétés publiques détiennent 64 % de son capital, le reste étant partagé entre le Groupement National des Privés du Sénégal, le Groupement de Prestataires Aéroportuaires et la Fédération des Assureurs du Sénégal.

En dépit de ces performances, la compagnie endettée à hauteur de 65 milliards de FCFA, qui n’a plus d’avion et se retrouve désormais sans activités. C’était le troisième représentant de l’aviation sénégalaise.

En mars 2015, la compagnie annonce la suppression de 40% de ses effectifs, de 40 % de sa masse salariale, de la réduction de la flotte de deux avions, à la suite d’une dette accumulée de 73 millions de dollars. Le 7 mai 2015, la compagnie est désignée pour le transport des pèlerins jusqu’à La Mecque. En avril 2016, le ministre sénégalais de l’économie annonce la dissolution de la compagnie.

Suite à cela, Air Sénégal SA prend service. En 2016, elle est détenue par l’État à travers la Caisse des Dépôts et Consignation du Sénégal. Elle opère depuis l’Aéroport international Blaise-Diagne de Dakar.

Air Sénégal dispose d’une flotte constituée de 5 avions. L’entreprise connaissait des problèmes internes depuis quelques temps d’où le changement de directeur.

Mansour Diop, Expert en Transport aérien : «C’est un problème de management »

D’Air Sénégal International à Air Sénégal Sa, le constat est le même, les compagnies aériennes sénégalaises connaissent un certain nombre de difficultés. Pour Mansour Diop, qui a passé près de 32 ans au sein de Air Afrique, une compagnie aérienne, c’est d’abord une société comme toutes les autres. «Il y a des actionnaires qui mettent en place un Business Plan et un management. Maintenant, si les actionnaires veulent intervenir dans le management, il y a forcément problème. Ce qui s’est passé avec les compagnies aériennes, c’est essentiellement un problème de management. Le principe de l’homme qu’il faut à la place, c’est beaucoup plus important dans une compagnie aérienne qu’ailleurs. Parce qu’ici, la moindre faille peut coûter cher à la compagnie. Vous savez, même dans les plus grandes compagnies aériennes, la marge bénéficiaire est en moyenne 4% du chiffre d’affaires », a-t-il analysé.

Aujourd’hui avec un marché de plus en plus étroit, M. Diop estime qu’il est important que les compagnies travaillent ensemble. «Nos pays africains pris individuellement n’ont pas un marché assez fort pour rentabiliser une compagnie aérienne. Le marché du transport aérien est encore assez étroit. C’est pourquoi il est important que les compagnies essayent de collaborer petit à petit, même s’il faut que chacun garde son nom », a-t-il plaidé. Selon lui, c’est le seul moyen d’arriver à une compagnie africaine très solide comme ce qu’on a connu avec Air Afrique qui a quand même 40 ans. « Aujourd’hui, le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont les mieux placés pour lancer ce type de coopération », a-t-il suggéré.

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