Dakar en etat d’urgence sociale

En cette période de fin du ramadan, Dakar est en état d’urgence sociale. Résidents nécessiteux et populations rurales originaires des villages les plus éloignés du pays ont envahi les quartiers résidentiels de Dakar comme Sacré-Cœur, le Point E, les Almadies, les Mamelles et Nord-Foire à la recherche de zakat-al-fitr ou « mourou kor ». Et par la même occasion, ces miskines en profitent pour collecter la zakat-almaal (assaka) ou l’aumône annuelle sur revenus. Ces « planques » (pour emprunter au langage des policiers et gendarmes enquêteurs !) sociales aux abords des mosquées et domiciles de la capitale attestent l’extrême précarité auxquelles sont confrontées les populations rurales. Et particulièrement celles des régions de Diourbel et Kaolack. « Le Témoin » quotidien a enquêté…

A vingt-quatre heures de la Korité marquant la fin du ramadan, Dakar vit à l’heure de la main tendue ! Pour de nombreux nécessiteux, cette période est une occasion inespérée pour faire fortune. Donc Dakar, la capitale de notre pays, particulièrement les quartiers résidentiels tels que Mermoz, Sacré-Cœur, Keur Gorgui, Point E, Almadies, Mamelles, Fann-Résidence, Nord-Foire etc. semblent être de bonnes planques sociales pour collecter la zakat-al-fitr ou « mourou koor ». Un impôt dont tout musulman-jeuneur doit obligatoirement s’acquitter afin de purifier et valider son jeûne. Certains démunis profitent de cette période pour faire d’un voyage deux fortunes pour ne pas dire d’« une pierre deux coups » en montant sur la capitale. Car de nombreux musulmans (riches et moins riches) préfèrent profiter de cette sainte période pour payer non seulement cette zakat-al-fitr mais aussi régler leur zakat-al-maal (assaka) ou l’aumône annuelle sur revenus !

Selon Serigne Fallou Dieng, président du Cercle des intellectuels soufis (Cis), cette « zakat » tout court ou « assaka » comme ont dit chez les wolof consistant à prélever des fonds sur ses biens afin de les donner aux nécessiteux est le troisième pilier de l’Islam. « Il s’agit d’une œuvre de culte d’ordre financier qui purifie l’âme et hausse les mérites de celui qui s’en acquitte, comme elle purifie les biens et accroît la richesse. Donc, pour le riche, il n’y a pas de période particulière pour sortir la zakat et de la donner au pauvre. Il suffit seulement de respecter la période qui s’étend sur un an pour le faire, donc c’est une sorte d’inventaire annuel » explique le président du cercle des intellectuels soufis.

Poursuivant, notre interlocuteur explique que « l’autre zakat, par contre, dite « mourou koor » n’est obligatoire qu’en cette fin du mois de ramadan c’est-à-dire à la vieille de la prière de l’Aïd-el-fitr ou Korité. C’est pour cela qu’il y aura toujours de quoi récolter en argent ou en vivres pour les plus pauvres et les plus démunis » ajoute notre islamologue. De quoi récolter ? Allez donc vous aventurer dans certains quartiers résidentiels de Dakar pour voir combien les abords des domiciles des autorités politiques comme Pape Diop, Madické Niang, Oumar Sarr, Macky Sall, Idrissa Seck, Modou Diagne Fada, Abdoulaye Wade, Abdoulaye Makhtar Diop etc. sont squattés par des gens en détresse sociale. Pire, la plupart des « mendiants-el-fitr » viennent des contrées ou localités les plus reculées du pays pour débarquer en familles dans les rues de la capitale. Ce afin de profiter au maximum de la traite des « mourou koor ». Les uns passent la nuit à la belle étoile, les autres assiègent les mosquées, les passerelles de la Vdn etc… Un triste et amer constat, nombreux sont ces « récolteurs de Zakat » originaires des régions de Diourbel et Kaolack.

Un indicateur palpable de la pauvreté

Cette invasion du monde rural voire pour ne pas dire cet « exode-el-fitr » est un indicateur palpable de l’extrême précarité sociale qui sévit à l’intérieur du pays où 90 % des populations ont atteint le seuil de la pauvreté. Ce malgré les statistiques officielles… Ce n’est pas pour rien, du reste, que les bourses familiales connaissent une croissance exponentielle ! Il est vrai que richesse et pauvreté font de pair avec l’existence naturelle des hommes. Cette logique sociale matérialise que tout le monde ne peut être riche ou pauvre. Seulement la façon dont les gens se ruent vers Dakar et agressent les quartiers des « nantis » en quête de « mourou koor » laisse apparaitre la flagrance de pauvreté qui sévit au Sénégal.

Certes, le Sénégal a connu dix-sept années de sécheresse sur une période de trente ans. Cette situation de sécheresse chronique a fini d’installer un processus de désertification quasi irréversible qui a entraîné la chute des rendements agricoles voire carrément l’absence de récoltes et, donc, l’appauvrissement de populations rurales. Certes, le président de la République Macky Sall a beaucoup fait sur le plan social pour améliorer les conditions de vie des populations dans toute leur diversité. Un fonds de 200 milliards (sur cinq ans) est alloué au plan de solidarité national pour contribuer à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale des ménages vulnérables. Idem pour les bourses de sécurité familiale qui ont permis de prendre en charge des milliers de familles vivant dans la pauvreté. Mais malgré cette politique sociale de solidarité ambitieuse, la pauvreté persiste toujours et les inégalités sociales se creusent. Et au-delà du monde rural, les populations urbaines et préurbaines dakaroises subissent les affres de la précarité. La preuve par cette période des « mourou koor » où tout le monde est preneur ! Allez donc demander à nos députés…

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