Mamadou talla “Le gouvernement est disposé à dialoguer et à trouver des solutions aux problèmes posés

Les syndicalistes du G7 se sont fait entendre jeudi dernier à travers une marche nationale très suivie par les enseignants partout au Sénégal. Ils exigent le respect des accords signés avec le gouvernement depuis avril 2018. Il s’agit, entre autres, du paiement des rappels, de la correction du système de rémunération, du cas des étudiants du CNEPS de Thiès et du virement des crédits DMC. Dans une interview accordée à «L’As» avant-hier, le ministre de l’Education nationale a voulu apaiser les esprits. Mamadou Talla s’est montré ouvert à poursuivre le dialogue et à trouver des solutions aux problèmes posés. Il n’a pas manqué de relever les avancées importantes dans la satisfaction des revendications des enseignants.

L’As» : Monsieur le Ministre, les syndicalistes du G7 ont réussi leur marche cette après-midi. Cela ne traduit-il pas un échec des négociations ?

Mamadou Talla : Non pas du tout. Cela ne signifie pas un échec. Le G7 est constitué de syndicats dirigés par des Secrétaires généraux responsables. C’est normal, dans le cadre des luttes syndicales, qu’un syndicat envisage des actions de cette nature. Mais les négociations continuent. Les dialogues sectoriels ont toujours eu lieu. Le monitoring a également eu lieu. D’ailleurs, on va en organiser un ce samedi (Ndlr : aujourd’hui). Donc ce n’est pas du tout un échec des négociations. Je pense qu’il faut le prendre comme une alerte pour pousser le gouvernement à aller plus vite dans la résolution de l’ensemble des problèmes qui touchent le secteur de l’éducation.

Est-ce que vous avez tenté de dissuader le G7 afin que ce mouvement d’humeur ne puisse pas avoir lieu ?

Normalement et naturellement, nous avons continué le travail qu’on a l’habitude de faire. Les syndicalistes rencontrent le ministre de la Fonction publique et l’ensemble des ministres concernés. Nous avons continué à le faire en essayant de respecter tous les trois mois la grande rencontre qu’on appelle le monitoring. Donc personne n’a pas essayé d’empêcher, de dissuader ou de décourager qui que ce soit. Je vous ai dit que ce sont des syndicats responsables. Ils ont un planning qu’ils ont déroulé et voilà. «À l’instant où on parle, je vous dis qu’il n’y a pas d’instance au niveau de la solde».

Concrètement, ils évoquent le cas des prêts DMC, des questions de rémunération, etc. Où est-ce que vous en êtes avec tout ça ?

Au niveau des accords, il faut se féliciter de ce qui a été fait. Le président de la République a décidé qu’il n’y ait plus plusieurs niveaux ou types d’enseignants. Et le fait de résorber tout le stock concernant les rappels en est la preuve. Et c’était des milliers et des milliers d’enseignants. C’est depuis 1992, sinon même avant que nous avons ce qu’on appelle les corps émergents. Aujourd’hui, c’est tous des fonctionnaires. Ça, c’est des avancées. Sans compter l’accompagnement qu’on leur apporte. Certainement, les syndicalistes disent que cela n’avance pas trop vite ; mais n’oubliez-pas quand même que les enseignants font 98.000 sur les 140.000 fonctionnaires du pays. Donc c’est un travail extrêmement difficile, fastidieux ; mais il y a eu des avancées.

Par rapport aux prêts DMC, l’essentiel avait été fait. Le ministère des Finances a fait le nécessaire. Peut-être qu’il faut externaliser. On est au 21e siècle, il faut voir quel type d’accompagnement mettre en place pour que les fonctionnaires d’une manière générale et les enseignants en particulier puissent avoir accès au logement. Mais à mon avis, il faut trouver d’autres artifices, d’autres solutions pour trouver, soit des sites aménagés ou non pour les enseignants. Ou bien trouver d’autres facilités, parce que quand-même c’est aussi des fonctionnaires. Et c’est heureux de voir ce que le président de République est en train de construire avec ce vaste programme de 100 000 logements. Les enseignants ont également leur quota et le ministre de l’Habitat a pris les dispositions nécessaires. Quand on dit que les accords ne sont pas respectés, tout le monde peut l’interpréter comme il veut. Les accords n’étaient pas faits pour qu’on les respecte tous à la minute près. Il y a des accords qu’on ne peut respecter que pendant un temps. Parce que c’est un processus. Quand on doit faire des mises en solde, le dossier doit suivre tout un circuit, du niveau le plus éloigné du Sénégal jusqu’au ministère de l’Education nationale précisément à la direction des ressources humaines puis à la fonction publique et à la solde. C’est un circuit. Mais nous avons trouvé des solutions. Nous avons, en tout cas, résorbé un stock extrêmement important dans les mises en solde, dans les reclassements, etc..

Malgré ces efforts, les enseignants continuent de décrier des lenteurs. Quelles sont les dispositions qui ont été prises concrètement pour régler cette situation ?

Des dispositions avaient été prises. Déjà, il y a un guichet au niveau du ministère de la Fonction publique pour que l’ensemble des dossiers qui arrivent soient traités tout de suite avec tous les services ; sans pour autant qu’on puisse se déplacer. En même temps, nous sommes en train de finaliser le processus de dématérialisation .Ainsi, on pourra gagner du temps. Quand on inspecte un instituteur qui se trouve en Casamance, dans le Fouta ou ailleurs, on peut à l’instant même avoir le rapport au niveau du ministère de l’Education nationale. Et à l’instant même l’avoir aussi au niveau de la Fonction publique ; et comme ça on va gagner du temps. Je crois que ces lenteurs dont on parle, même si elles existent, il faut reconnaitre ce qu’on a réussi à faire tout simplement au niveau de la mise en solde, plus de 39 571 actes de 2015 à maintenant. Si nous prenons les validations, nous sommes à plus de 20 000. S’agissant aussi de l’intégration, c’est plus de 33 509 actes qui ont été traités et qui sont transmis à la Fonction publique ; qui elle aussi a transis au niveau de la solde. Et à l’instant je vous parle, il n’y a pas d’instance au niveau de la solde, aussi bien à la DRH du ministère de l’Education nationale qu’à la Fonction publique. Donc, je suis d’accord qu’il améliorer les lenteurs. Il est possible de trouver des moyens qui nous permettent d’aller instantanément vers la dématérialisation. Je crois que c’est la solution définitive. Et c’est ça également que les syndicats réclament. Correction du régime indemnitaire : «Donnons-nous le temps de continuer de travailler et d’affiner cette question».

Concernant spécifiquement le paiement des rappels, leG7 déplore une surimposition. Qu’en est-il réellement ?

Les rappels sont payés. On avait raisonné plus de 52 milliards. L’année dernière ils ont été payés. Cette année également, ces rappels ont été payés. Ils parlent de surimposition. Non, c’est une imposition normale. Les techniciens des Finances ont tenu des ateliers avec eux pour leur expliquer exactement la technique utilisée et qui est la même pour tous les fonctionnaires. Ce qui est constant, c’est que vous percevez mensuellement ou par rappel votre dû, vous payez les impôts. Le plus important aujourd’hui, c’est l’augmentation de l’indemnité de logement. L’Etat du Sénégal a accepté de passer de 60 000 à 100 000 F CFA. Et les échéances qui avaient été fixées ont été toutes respectées. D’ailleurs, la dernière sera en fin janvier. Et cela va être respecté. Et comme cela, tous les enseignants du Sénégal auront chacun 100 000 francs. Et 100 000 francs, vous les multiplier par 100 000 fonctionnaires, c’est beaucoup d’argent.

Parlons de la correction du système de rémunération. Le cabinet NGP Afrique a fini son étude et le chef de l’état avait instruit l’inspection Générale d’état pour une étude complémentaire. Où est qu’on en est aujourd’hui avec cette question?

C’est une question extrêmement complexe. Il faut reconnaitre que notre système de rémunération a été déréglé avant même que le Président Macky Sall n’accède au pouvoir. Des indemnités ont été données à certains fonctionnaires, d’autres non. Il y en a même qui ont moins que les enseignants, d’autres beaucoup plus que les enseignants. Donc, c’est un système très complexe. Le cabinet NGP Afrique a fait un excellent travail. Et ce travail est en train d’être exploité. Mais on ne peut pas dire que le cabinet a terminé aujourd’hui et prendre tout de suite une décision qui, en fait, concerne tous les Sénégalais, l’ensemble des ministères et tous les fonctionnaires. Et donc, donnons-nous le temps de continuer de travailler et d’affiner cette question afin d’avoir un système de rémunération, un régime indemnitaire acceptable et accepté par tous.

Qu’est ce qui retarde les décrets nécessaires pour le recrutement des 170 sortants du Cneps de Thiès ?

Il y avait des modifications à faire. Le ministère des Sports a modifié le décret qui est terminé. Il est aujourd’hui au niveau du Secrétariat général du gouvernement. Et dans quelques jours, le décret va sortir. «Nous ne craignons pas une année scolaire mouvementée»

Avec la mobilisation qui a été constatée jeudi, ne craignez-vous pas une année scolaire mouvementée ?

Non nous ne craignons pas une année scolaire mouvementée parce que tout simplement les syndicats enseignants sont responsables. Ils ne veulent pas d’année blanche. L’Etat également qui investit plus de 526 milliards dans le budget de l’Education nationale ne peut nullement aller dans cette direction. Ensuite, les syndicats sont associés dans tout ce qui est en train de se faire depuis que je suis à la tête de ce département. La priorité des priorités du ministère de l’Education nationale, c’est d’apaiser le climat social ; associer le G7 et les syndicats de façon générale sur tout ce que nous faisons. Et cela nous a permis de régler beaucoup de problèmes. S’il n’y avait pas cette relation étroite entre les syndicats et le gouvernement, peut-être qu’on n’aurait pas trouvé de solutions dans de nombreuses situations. Je peux citer ce qui s’est passé en Casamance à Bignona. Il y a eu également l’affaire du Prytanée Militaire dans laquelle ils se sont beaucoup investis. Tout comme les difficultés dans les écoles franco-sénégalaises. Quand il y a eu aussi l’affaire du voile avec la Sainte-Jeanne d’Arc, ils se sont impliqués. Donc, ils sont des acteurs du système éducatif et ils n’ont aucun intérêt à ce qu’on aille dans des grèves extrêmement longues ou des années blanches. Je crois que c’est plutôt une alerte qui est faite avec cette marche pour qu’on aille plus vite dans la prise en charge de toutes les questions qui ont été posées. Mais je rappelle que depuis les accords ont été signés, il y a eu des avancées. En plus de l’indemnité de logement, si on prend les mises en position de stage, on a discuté sans tambour ni trompette et on est arrivé à élargir à toutes les matières. A la suite de cela, on a utilisé ce qu’on appelle la formation à distance. Donc, cette question est derrière nous. Mais je peux citer plusieurs autres questions.

«Il sera très difficile de régler tous les problèmes tout de suite et en même temps»

Mais les enseignants se plaignent en outre du fait que le gouvernement essaye de les mettre en mal avec le peuple en indexant souvent leur nombre en ce qui concerne les revendications d’ordre financier. Que répondez-vous face à ce qu’ils considèrent comme de l’intoxication et de la désinformation ? Non. Le gouvernement n’a aucun intérêt à aller dans cette direction. Nous disons seulement la réalité telle qu’elle est. C’est une chance d’ailleurs qu’on soit beaucoup plus nombreux. Chaque Sénégalais a droit à une éducation. Et dans tous les pays du monde pratiquement, l’Education a le portefeuille le plus puissant. Donc, l’Etat du Sénégal n’est pas dans ce jeu de cache-cache entre les syndicats et le peuple sénégalais. L’Etat est quand-même juste. Le président de la République nous a dit : «prenez des engagements que vous pourrez respecter.» Et ce qu’on pouvait faire, on l’a fait que ce soit au niveau de l’indemnité de logement, au niveau pédagogique, des passerelles et de la mise en position de stage. Et sur la question très complexe du régime indemnitaire, cela demande des études beaucoup plus longues. On a terminé ces études. Et maintenant, la mise en œuvre est difficile. Donc, ce n’est pas du tout stigmatiser les enseignants. Le plus important aujourd’hui, c’est l’apaisement du climat social. La priorité, c’est d’appeler toutle monde à la raison et d’appeler l’ensemble des acteurs de l’école qu’ils soient parent d’élève, élève, étudiant, enseignant syndiqué ou pas, le G7, le G20, la société civile qui nous accompagne… , bref tous les acteurs à la sérénité pour dérouler ensemble la formation et l’apprentissage dans de bonnes conditions. Pour ce qui est de cette demande pressante des enseignants, on l’étudier et continuer le monitoring comme on l’a toujours fait. Vraiment, je lance un appel pressant à tous les acteurs pour dire que le gouvernement est disposé à discuter, à dialoguer et à trouver des solutions aux problèmes qui sont posés. Donc samedi (Ndlr : aujourd’hui), vous verrez qu’il y aura une grande réunion de monitoring avec tous les ministres concernés. On verra les accords point par point. On est dans cette dynamique de régler les problèmes. Mais, il sera très difficile de régler tous les problèmes tout de suite et en même temps. Voilà la réalité. «Au courant du mois de février, il y aura un grand symposium, une grande réflexion sur le système de l’enseignement privé».

Pour finir Monsieur le ministre, on parle d’éducation, où est-ce que vous en êtes avec les daaras modernes?

Vous savez, qui embrasse trop mal étreint. Il y a tellement de défis dans l’éducation qu’on ne peut pas tout faire en même temps. Nous tenons très bien au vaste Programme d’Amélioration de la Qualité, de l’Equité et de la Transparence (Paquet). Et parmi nos priorités, il y a l’accès à l’éducation. Nous sommes le ministère de l’Education nationale. Nous ne sommes pas le ministère de l’Enseignement. Donc, cela concerne tous les enfants, qu’ils soient dans le système informel ou dans un domaine spécifique, qu’ils soient dans les Daaras, scolarisés, déscolarisés ou non scolarisés, qu’ils soient enfin dans le secteur de l’alphabétisation. Il nous revient de systématiser l’éducation en valeur. Les valeurs de la République, du patriotisme et de la morale. Quand on revient aux Darras, c’est une volonté, une directive présidentielle d’organiser le système de formation des Daaras. Il y a des Daaras publics au nombre de 64 déjà construits par l’Etat du Sénégal à travers le Programme de Modernisation des Daaras (Pamod). Nous y affectons chaque année des enseignants franco-arabes. Il y a aussi des Daaras non publics, des privés que l’Etat accompagne dans l’organisation et la formation des formateurs. Dans cinq ans, nous voudrions harmoniser l’appui, la surveillance, l’organisation, le pilotage, l’accompagnement et l’encadrement de tous ceux qui interviennent dans les Daaras comme on le fait dans l’école moderne. 64 Daaras ont été déjà inaugurés cette année. 400 autres Daaras modernes dans le programme du Paquet sont en chantier. Permettez-moi de glisser un peu vers l’enseignement privé au Sénégal qui forme plus de 1.500.000 élèves. Il faut l’organiser. Les conditions d’ouverture et d’exercice laissent à désirer. Les textes permettent une fois que vous avez déposé votre dossier que vous commencez votre activité. Vous êtes autorisés à dispenser des enseignements alors que vous n’êtes pas encore reconnus. Il y aura dans un mois, au courant du mois de février, un grand symposium, une grande réflexion sur le système de l’enseignement privé. Il y a quelques écoles qui font notre fierté, mais beaucoup d’autres sont dans des difficultés, sans formateurs ni enseignants bien formés. Donc il faut réorganiser tout ça. C’est un vaste chantier. Et si le climat social est apaisé, cela nous permettrait de continuer la réflexion, de réformer notre système éducatif et de nous orienter vers les sciences et les techniques. Figurez-vous que 80% des candidats au bac sont dans les séries littéraires. Il n’y a que 20% qui sont dans les séries scientifiques. Donc, la réorientation est fondamentale pour un pays qui aspire à développer le secteur secondaire, un pays qui veut mettre l’accent sur l’agriculture, l’agronomie, la transformation pétrochimique et sciences connexes.

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