Les chiffres de l’horreur

L’année 2019 a été effrayante à Pikine avec les cas de violences signalées par l’ONG «unies vers’elle Sénégal» qui travaille en étroite collaboration avec le Comité départemental de protection de l’enfant. D’ailleurs un cas d’inceste sur un bébé de 30 mois a été signalé. 

Les violences faites contre les enfants persistent à Pikine malgré les campagnes de sensibilisation. Durant l’année 2019, les chiffres recueillis dans 3 centres d’accueil sont effrayants, surtout pour le cas des enfants perdus. Sur la plate-forme dénommée « Service d’accueil et d’orientation (Sao)» qui collecte, évalue et oriente les messages envoyés sur l’application en ligne, les résultats recueillis entre le 1er janvier et le 31 octobre 2019 font état de 703 déclarations dont 14 cas de violences sexuelles, 7 mariages précoces, 265 fugues dues à des maltraitances, 401 enfants perdus dus à des négligences, 5 abandonnés, 10 dénis de ressources et 1 en conflit avec la loi. Pour le second centre d’accueil «Maison-rose», qui s’oriente surtout vers l’accompagnement holistique et la prise en charge des victimes, on parle de plusieurs types de violences.

En effet, les résultats enregistrés entre le 1er janvier et le 31 octobre 2019 font état de 324 cas de violences répartis comme suit : 15 cas de violences sexuelles, 23 entre grossesses et mariages précoces, 93 fugues dues à des maltraitances, 164 égarés dus à des négligences, 11 dénis de ressources, 24 enfants venus avec leurs mères, 15 enfants nés après l’assistance de la maison d’accueil.

Pour le dernier centre d’accueil dénommé « Espace Yaakaaru Guneyi » où 366 cas de violences ont été déclarés, il y a eu une violence sexuelle, 216 fugues dues à des maltraitances, 164 enfants perdus dus à des négligences, 172 enfants talibés maltraités et 12 dénis de ressources. Ce qui fait réagir le délégué général de l’Ong « Unies vers’elle Sénégal ». «Ce rapport mérite une introspection collective avec les chiffres. Sur ce rapport, il faut s’arrêter sur les faits saillants que sont les cas de maltraitances des enfants et les violences faites aux enfants. Rien que pour les enfants perdus entre le 1er janvier 2019 et septembre, nous avons recensé plus de 665 cas d’enfants perdus. Derrière chaque cas d’enfant perdu, il y a des possibilités de maltraitances, de pédophilie, de viols et d’agressions sexuelles. Mais au-delà de ces enfants qui sont perdus, il y a des filles et ces filles vont occuper 48% des 665 cas d’enfants perdus», a précisé Abdou Fodé Sow.

« UN CAS D’INCESTE SUR UN BEBE DE 30 MOIS

D’après Abdou Fodé Sow, ce rapport a révélé un cas d’inceste qui est en train d’être traité avec le Service départemental de l’Action éducative en milieu ouvert (Aemo). «Présentement, nous sommes en train de traiter un cas d’inceste. Un enfant de 30 mois qui vit avec ses parents. Son père, son oncle paternel, son oncle maternel, son cousin, sa mère, son grand frère, un cousin, un voisin dans la même famille. L’enfant a fait l’objet d’agression sexuelle. Pourquoi agression sexuelle ? Parce que ce n’est pas encore arrivé chez le juge pour que ça soit qualifié comme viol », a encore fait comprendre Abdou Fodé Sow. « Mais d’ores et déjà, on sait qu’il y a eu tentative de pénétration de l’enfant avec les traces de sperme trouvés sur le vagin de l’enfant. C’est pour vous dire que c’est très grave et qu’il faut que ça cesse», dit-il. «Les sanctions doivent être exemplaires pour que ces gens qui font ces délits soient punis sévèrement conformément à la loi. Ce dossier est pendant en justice et nous avons eu à héberger la maman et l’enfant pendant 3 jours en activant notre outil Rapide protection qui a fait le signalement à travers le service de l’Aemo qui a déjà référé l’affaire au procureur de la République.»

L’INDIFFERENCE DES ELUS LOCAUX ET DES PARLEMENTAIRES

Abdou Fodé Sow a aussi dénoncé l’indifférence des élus locaux et parlementaires dans la lutte pour la protection et la promotion des droits des enfants. « Dans le Pse, on parle de la valorisation du capital humain. Dans l’acte 03 de la décentralisation, on parle de participation. Quand vous allez au niveau de la stratégie nationale de protection de l’enfant, on parle de soutien et de capacité parentale et communautaire. Donc, l’être humain est au centre de ces 3 documents. Et ceux qui les portent, ce sont ces élus locaux et parlementaires. Ces gens-là devraient être les chefs-d’œuvre de la protection mais on ne les sent pas et sont aux abonnés absents. L’affaire Farmata Mactar Ndiaye est illustrant pour dire que ces gens-là ne soucient pas de la valeur du capital humain », se désole le délégué général de Unies vers’elle. Abdou Fodé Sow annonce déjà une série de mobilisations communautaires dans les quartiers du Département de Pikine avec l’implication de leurs 1229 points focaux pour la promotion des droits des enfants et leur protection.

Janot MENDY  |   Publication 07/02/2020

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