«NOO LANK» à la croisée des chemins

Depuis deux mois, le collectif «Noo Lank» met la pression sur les autorités. Il veut les contraindre à annuler la mesure augmentant le prix de l’électricité et à libérer Guy Marius Sagna, arrêté au cours d’une manifestation devant le palais de la République. Face à un gouvernement qui fait la sourde oreille, le mouvement entend revoir sa stratégie et intensifier son combat.

«Noo Lank» peut se permettre une pause d’une semaine après le succès éclatant de sa dernière marche. Une manière également de reculer pour mieux sauter face à un gouvernement insensible à ses différentes doléances et qui à la limite même semble mépriser les actes posés par les membres du collectif regroupant des entités hétéroclites. Joint au téléphone, Dr Babacar Diop estime que les autorités suivent très bien ce qui se passe et qu’elles sont même inquiètes. La preuve, dit-il, le médiateur de la République, Alioune Badara Cissé les a reçus pour soulever ensuite l’éventualité d’une rencontre avec le président de la République.

Selon le Secrétaire général des Forces démocratiques du Sénégal (FDS), Macky Sall a désormais l’obligation de négocier et de parler avec le peuple. «Il doit écouter et entendre la clameur et la colère du peuple pour arriver à prendre une mesure juste et raisonnable telle que l’annulation de la hausse du prix de l’électricité. Surtout que cette augmentation entraine par ricochet la hausse du prix des denrées de première nécessité et du transport », explique-t-il. «Noo Lank» dit être aujourd’hui bien outillé et mieux armé pour maintenir la mobilisation. A en croire le leader des FDS, le collectif a appris des erreurs de Aar Li Nu Bokk qui, à moment, peinait à mobiliser les citoyens. «Aujourd’hui, la réalité est que le mouvement social n’est pas mort. Depuis plusieurs semaines et bientôt deux mois, ‘’Noo Lank’’ arrive à mobiliser le peuple sénégalais. Il faut maintenir cette mobilisation et impliquer l’intérieur du pays, la banlieue et la diaspora », préconise-t-il.

 IMPORTANTE REUNION DE «NOO LANK» DEMAIN

Dr Babacar Diop laisse entrevoir aussi qu’il y aura des changements dans leur stratégie. «On a une rencontre très importante demain dimanche au siège de Noo Lank pour décliner une nouvelle feuille de route. Et vous constaterez des changements dans la démarche du mouvement. Les Commissions y travaillent et il y a de nouvelles propositions», indique-t-il. Le leader politique, originaire de Thiès, fait savoir que les marches seront maintenues, mais qu’il y aura à côté d’autres types de manifestations, de mobilisations et d’informations. «Tant que Guy Marius Sagna restera en prison, il n’y aura pas de stabilité dans le pays. Je pense que maintenir Guy en prison est une défaite pour le mouvement social et le mouvement citoyen au Sénégal», laisse-t-il entendre. Un autre membre du collectif «Noo Lank» en l’occurrence Daouda Gueye soutient qu’effectivement, il y a d’autres méthodes pour poursuivre le combat. «Déjà, il y a un mémorandum qui va paraitre la semaine prochaine. Un document dans lequel nous avons consigné l’ensemble des arguments qui démontrent qu’il y a matière à soupçonner une fraude organisée par la Senelec. Mais également, une volonté de l’Etat du Sénégal de crever davantage les revenus des Sénégalais, en complicité avec la Commission de régularisation des secteurs de l’électricité», révèle-t-il.

Il indique également que d’autres initiatives vont être prises, notamment allant dans le sens d’exiger la libération du camarade Guy Marius Sagna non sans confier qu’il se pourrait que ces actions soient spectaculaires. «On n’acceptera pas que Guy Marius Sagna soit enterré au Camp pénal. Nous allons mettre la pression sur l’Etat pour qu’ils comprennent en fait qu’on ne peut pas jouer avec la liberté des gens et qu’on ne peut pas non plus accepter cet acte arbitraire à arrêter Guy Marius Sagna. Nous ne lésinerons sur aucun moyen, nous userons de toutes les méthodes pour exiger sa libération», martèle-t-il. Daouda Gueye informe ainsi qu’en début de semaine prochaine, «Noo Lank » va tenir une conférence de presse pour dévoiler certains de ses plans d’actions qui, au-delà, des marches, sit-in et des distributions de flyers, présentera d’autres stratégies. «Nous avons continué les contacts en allant rencontrer les chefs religieux mais également les notables et autres personnalités de ce pays là tout cela allant dans le sens de maintenir cette démarche inclusive et participative », confie-t-il.

RENCONTRE EVENTUEL AVEC MACKY SALL : «A CONDITION QUE GUY MARIUS SAGNA FASSE PARTIE DE LA DELEGATION»

Par ailleurs, interpellé sur une possible rencontre avec le chef de l’Etat, le Secrétaire général des Forces démocratiques du Sénégal estime que rencontrer Macky Sall n’a jamais été à l’ordre du jour du «Noo Lank». C’est Alioune Badara Cissé qui avait émis l’idée mais la question n’a jamais été débattue au sein de l’organisation hétéroclite. A l’en croire, il n’y a pas eu de demande formelle ou une attitude formelle des autorités visant à rencontrer Noo Lank. Pour Dr Diop, à leur niveau, ils maitrisent le terrain et leur principal interlocuteur, c’est le peuple. « Il s’agit de mobiliser et de conscientiser le peuple et arriver à faire entendre raison au gouvernement», ajoute-t-il. Toutefois, Babacar Diop affirme que le jour où il sera question d’une audience avec le chef de l’Etat, le mouvement donnera sa position. Mais pour l’heure, ditil, au sein de «Noo Lank », ils pensent que le gouvernement doit revenir sur la hausse du prix de l’électricité et libérer Guy Marius Sagna. «Elargir Guy Marius est une question centrale surtout qu’il ne peut être maintenu en prison de façon injuste en violation flagrante du droit», soutient Monsieur Diop.

Quant à Daouda Gueye, il pense qu’il n’est pas cohérent qu’ils aillent rencontrer le chef de l’Etat au Palais alors que Guy Marius Sagna est derrière les barreaux. « Il faut que Guy Marius Sagna soit libéré pour qu’avec lui nous puissions, dans une délégation éventuellement, aller rencontrer le président de la République. Ce qui permettrait à nos camarades Guy Marius Sagna, Pape Abdoulaye Touré et les autres respectivement Babacar Diop à retourner au Palais pour parachever effectivement leur souhait qui avait été au départ de le rencontrer et qu »ils avaient été entravés par cette arrestation-là. C’est ça que nous avons dit. Et je pense que c’est une question de bons sens. Parce que ce serait quand même incohérent d’aller rencontrer le chef de l’Etat sans la présence des camarades qui ont été arrêté parce qu’ils ont voulu rencontrer le président de la République», conclut Daouda Gueye.

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