Sory Kaba se lâche

Il parle enfin ! Limogé en octobre dernier suite à sa sortie au Grand Jury de la Rfm sur un éventuel troisième mandat du chef de l’Etat Macky Sall, le ci-devant Directeur général des Sénégalais de l’extérieur donne pour la première fois, du moins en public, les raisons de sa disgrâce. Dans cet entretien qu’il a accordé en exclusivité au journal Le Quotidien, samedi dernier, à son domicile familial à Fatick, Sory Kaba s’est aussi exprimé, entre autres, sur l’état de ses relations actuelles avec son mentor Macky Sall, les querelles internes à l’Apr, avant de décliner ses ambitions pour la ville de Fatick.

Votre parole est devenue rare depuis votre limogeage de la Direction de Séné­ga­lais de l’extérieur. Que devient Sory Kaba ?

Depuis que j’ai quitté la Direction générale des Sénégalais de l’extérieur, je l’avoue, je n’ai pas accordé d’entretien mais cela est simplement dû au fait qu’à chaque situation, il est bon de prendre tout le recul nécessaire pour l’apprécier, l’appréhender, afin de savoir par quel bout il faut la prendre. C’est pour cette raison que depuis lors je me suis gardé de mener des activités politiques. Aujourd’hui (Ndlr : l’entretien a eu lieu samedi dernier), par la grâce de Dieu, je suis à Fatick et c’est l’occasion pour moi de réunir mes partisans afin que nous discutions de ce qu’il faut faire ensemble. Il s’agit pour nous de voir comment continuer le travail que nous avions déjà entamé, comment remobiliser les troupes autour des grandes idéologies du parti, autour des grands projets du président de la République comme nous l’avons fait jusqu’ici. C’était nécessaire pour moi que cela se passe à Fatick d’abord avec mes partisans, ensuite avec le reste du pays, parce que je considère aujourd’hui qu’aider le président de la République, c’est faire le tour du Sénégal comme il l’avait fait lui-même pour bénéficier du suffrage des Sénégalais. Aider le président de la République, c’est essayer de clarifier un débat qui commence à porter atteinte à l’image de notre parti, l’Alliance pour la République. Mais il faut que ce soit un débat serein qui profite à l’opinion sénégalaise, aux militants et militantes du parti. Maintenant, pour en venir à votre question, disons que Sory Kaba est resté fonctionnaire. Sory Kaba était dans une réflexion et s’est permis de beaucoup écrire pendant tout ce temps-là, parce que nous considérons que nous avons des choses à laisser à la postérité.

On aimerait savoir ce que vous êtes en train d’écrire…

J’espère pouvoir terminer cet écrit d’ici la fin de l’année pour que ce soit un livre que nous laisserons à la postérité. Les hommes politiques de notre pays n’ont pas l’habitude d’écrire alors que pour nous, cela doit être un jeu d’enfant. Au contact de la réalité du pouvoir et des populations, on doit pouvoir tirer des enseignements et, à travers un récit, on doit pouvoir transmettre un message aux générations futures. Quand on a passé six ou sept ans à la tête d’une direction comme la Direction générale des Sénégalais de l’extérieur, nous pensons qu’on a vraiment de quoi écrire.

La première fois qu’on vous a entendu dans la presse depuis votre limogeage, c’était la semaine dernière sur Rfm, depuis Casa­blanca. Qu’est-ce que vous étiez parti faire là-bas ?

A Casablanca, on a tenu une Assemblée générale constitutive de la Confédération africaine des industries du cuir. Cela nous a pris deux mois de préparation. Au début, j’ai été coopté comme consultant pour préparer les dossiers à présenter à l’Assemblée générale, notamment la note conceptuelle, les statuts, le règlement intérieur, mais également pour mobiliser les pays africains autour du Maroc pour que cette confédération puisse voir le jour. L’Assemblée générale a été l’occasion de mettre sur pied les organes qui doivent gouverner cette confédération africaine que nous chercherons maintenant à promouvoir auprès des chefs d’Etat africains. Considérant le cuir comme un sous-secteur à forte valeur ajoutée pouvant créer beaucoup d’emplois et de richesses, l’expérience ancestrale du Maroc dans ce domaine doit pouvoir servir au reste de l’Afrique. Aujourd’hui, si on prend l’exemple du Sénégal, il y a un gâchis que nous constatons à l’occasion des fêtes religieuses et autres, avec les nombreux bœufs, moutons et chèvres tués mais dont les peaux ne sont pas suffisamment mises en valeur. Cette niche pourrait faire l’objet d’un tissu industriel très dense dans une zone comme la région de Fatick gangrenée par les tann mais aussi cela peut créer beaucoup d’emplois. Rien qu’une tannerie industrielle, qui achète les peaux à l’état brut et les transforme en produit fini, peut créer au minimum 500 emplois directs et 500 autres emplois indirects. Donc, on se demande comment peut-on ignorer une valeur aussi importante dans notre pays. C’est pour cette raison que, quand j’ai été saisi, je me suis dit que c’est l’occasion de me faire un nouveau métier parce qu’après tout, lorsqu’on a certaines compétences, on devient transversal. Aujour­d’hui, j’ai été désigné comme Secrétaire général de cette confédération africaine, laquelle est dirigée par le président de la Fédération des industriels marocains du cuir. Et il y a eu onze pays africains qui ont répondu présent. Aujourd’hui, il me revient la mission de donner un contenu administratif, diplomatique et scientifique à cette confédération que nous devons vendre aux chefs d’Etat.

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’en évoquant la question du 3e mandat du Président Macky Sall à l’émission Grand jury de la Rfm, vous avez cherché à vous présenter comme un martyr parce que déjà informé de votre limogeage depuis le 10 octobre 2019.

Ce que je vais répondre, c’est très simple. Je n’ai jamais été informé (il répète) que je serai limogé. Ça c’est un. Deux, je n’ai jamais eu le pressentiment que j’allais être limogé. Trois, je considère que mon limogeage a été plutôt l’œuvre de personnes que Sory Kaba dérangeait. La preuve, au lendemain de cette émission, il y a eu beaucoup de levées de boucliers. Des gens ont attaqué Sory Kaba à tort et à travers et certaines de ces attaques venaient d’une personne avec qui, à un moment donné, j’ai eu à croiser le fer sur un plateau de télévision, moi défendant avec bec et ongles le président de la République et la Première dame et lui théorisant la «dynastie Faye-Sall». Si cette personne monte sur ses grands chevaux parce que considérant que Sory Kaba est un militant indiscipliné, ne respectant pas le mot d’ordre du parti, je considère cette personne comme un adversaire du président de la République. Parce que Sory Kaba fait partie de ces responsables, de ces militants qui sont prêts à mourir pour le Président Macky Sall. Jamais au plus grand jamais, je ne me porterai en contradiction avec la volonté du chef de l’Etat parce que j’estime que ce qu’il est en train de faire pour le pays mérite plus que cela. L’élégance militante aurait simplement voulu de se limiter à dire que M. Kaba n’a pas respecté la ligne de conduite du parti au lieu de s’attaquer à lui comme ils l’ont fait, comme si c’était un moment de règlement de comptes avec lui. C’est dommage qu’on en arrive à des situations comme ça dans un parti politique comme le nôtre parce qu’en fin de compte, cela permet de créer inutilement des clans, des logiques de contradiction qui ne font que desservir notre parti et c’est regrettable.

Qui sont ces personnes que vous dérangeriez ?

Je ne citerai pas de nom parce que je considère que, comme disait l’autre, «les grandes personnes s’occupent des grands principes et que ce sont les petites personnes qui s’occupent des questions de personne». Eux, ils s’occupent des questions de personne mais moi Sory Kaba, je m’occupe des questions de principe. Le principe aurait voulu qu’ils soient plus élégants à mon endroit, mais la manière dont il y a eu cette expression acharnée contre ma personne est suffisamment révélatrice d’une volonté de descendre quelqu’un qui dérange. Il n’y a pas une autre raison qui expliquerait tout cela. Mais nous ferons face.

Qui est ce «théoricien de la dynastie Faye-Sall» ? Voulez-vous parler de Yakham Mbaye ?

(Il s’empresse de répondre) Oui. Je pense que Yakham Mbaye a été le plus virulent, inutilement d’ailleurs, contre moi. Je me rappelle quand je croisais le fer avec lui sur le plateau de la 2Stv devant la journaliste Maïmouna Ndour Faye, il problématisait la «dynastie Faye-Sall» en faisant feu de tout bois parce qu’il était dans l’autre camp. Aujourd’hui c’est ce monsieur-là qui vient me donner des leçons. Cela ressemble à de l’ironie. On lui a fait de la place et maintenant il cherche à exclure certaines personnes de ce parti. C’est lui qui est en train de ramer à contre-courant de la volonté du chef de l’Etat. C’est lui la personne dangereuse qu’il faudrait extirper de ce parti pour qu’il puisse continuer à diriger encore ce pays. Des gens comme lui n’ont pas leur place dans l’Apr et c’est bien dommage. Quand Yakham Mbaye va jusqu’à considérer que le ministre d’Etat Mbaye Ndiaye et l’ancien Premier ministre Boun Abdallah Dionne sont des manœuvriers contre le président de la République, on se demande dans quelle République sommes-nous. D’où tire-t-il sa légitimité pour s’arroger le droit de faire le gendarme au sein de l’Apr. Il est temps qu’il se taise et à jamais, parce que l’Apr est arrivée au pouvoir sans lui qui a pris le train en marche. S’il pense que pour montrer sa reconnaissance envers le président de la République il doit flinguer tous les anciens compagnons de ce dernier, il devient lui-même le véritable danger contre le Président Macky Sall.

Vous avez été limogé suite à votre déclaration sur le 3e mandat du président Macky Sall. Tout dernièrement Mbaye Ndiaye et Boun Abdallah ont théorisé la possibilité d’une troisième candidature de votre mentor, pourtant ils ne sont pas inquiétés. Le voyez-vous comme du deux poids deux mesures ?

Moi, je fais une autre analyse de cette situation. Je considère que l’expression démocratique dans un parti qui se veut démocratique, doit être une banalité. Chacun doit pouvoir donner son opinion sur une question qui se pose. C’est le contraire qui doit constituer l’exception. Pour moi, les propos du ministre d’Etat Mbaye et de l’ancien Premier ministre Boun Abdallah Dionne sont normaux dans un parti qui se respecte parce que chacun doit pouvoir exprimer son point de vue sur les questions qui se posent dans le parti et au niveau de l’Etat, le défendre et en assumer les conséquences. Par conséquent, je ne trouve pas qu’il y a du deux poids deux mesures. C’est au président de la République d’apprécier et de prendre les mesures qui lui conviennent.

Votre propos nous laisse penser que vous n’êtes pas d’accord avec l’exclusion de Moustapha Diakhaté de l’Apr ?

(Il observe un long silence). Je vais vous surprendre en disant que le président de la République doit ramener Moustapha Diakhaté dans les rangs. La Commission de discipline du parti qui l’a exclu doit revenir sur sa décision. Les sages du parti doivent mener la médiation pour qu’on le réhabilite et qu’il continue à jouer pleinement son rôle dans le parti parce qu’il fait partie de ceux-là qui ont accompagné le président de la République depuis le début et nous ne devons pas être fiers de l’avoir en face de nous, dans l’opposition. Cela ne nous honore pas. Et au-delà de Moustapha Diakhaté, toutes les personnes qui sont à la périphérie du parti. C’est cela qu’il faut pour que nous puissions consolider nos acquis.

Comment analysez-vous cette guéguerre entre responsables de l’Apr qui ambitionne de conserver le pouvoir pour longtemps.

Cela confirme la réflexion que je viens de partager avec vous tout à l’heure en indiquant que l’expression plurielle doit être la norme dans un parti politique. Il faut qu’on permette à chacun de dire ce qu’il pense, bien évidemment dans le respect de l’autre et des chartes fondatrices de ce parti. Aujourd’hui, ce qui se passe dans le parti est regrettable et la seule constante doit être le Président qui, en s’appuyant sur les textes du parti, doit sévir contre tous ceux-là qui s’écartent du bon chemin. Mais dès lors que c’est l’expression démocratique, donner son point de vue sur la manière dont certaines choses doivent se passer, il n’y a aucun danger à mon avis. Maintenant, si on cherche à étouffer le débat, cela peut aller dans tous les sens et malheureusement, c’est que nous constatons présentement.

Mais pour les cas de Aminata Touré et Amadou Ba, il ne s’agit pas d’un problème de liberté d’expression. On les accuse ouvertement de travailler contre le président de la République.

Mais avant qu’on en arrive à cette situation, est-ce qu’il n’y a pas eu un débat qui a été mal posé ? Si nous étions dans un parti qui dispose de structures délibérantes à tous les échelons, où les militants se retrouvent régulièrement et discutent, donnent leur point de vue sur l’avenir du parti, est-ce que vous pensez que nous serions dans une situation pareille ? Non. Cela est lié à la désorganisation du parti et la responsabilité est collective. Nous devons y faire face tous. Nous devons nous ressaisir et réorganiser le parti pour en faire une véritable machine électorale, du moins si nous voulons encore rester au pouvoir pendant des années.

Est-ce que le président Macky Sall n’est pas le principal responsable de cette situation que vous décriez ?

Je voudrais profiter de cet entretien pour faire entendre ma voix sur cette question. Je veux que le Président Macky Sall m’entende et comprenne que son militant Sory Kaba pense qu’aujourd’hui le parti mérite d’être organisé pour que ces querelles internes soient tues de manière définitive.

Justement quel genre de rapports entretenez-vous avec le chef de l’Etat depuis qu’il vous a limogé de la Direction générale des Sénégalais de l’extérieur ?

On s’est déjà parlé au téléphone mais je me garderais de divulguer le contenu de notre discussion (Rires). Nous avons de très bons rapports et je pense qu’ils continueront à l’être. D’ailleurs, c’est cela qui me permet de redescendre aujourd’hui à Fatick, considérant qu’il y a un travail à faire ici, dans sa base naturelle. C’est Fatick qui l’a vendu au reste du Sénégal et nous devons continuer à maintenir ce flambeau. Cette bonne relation qui me lie au président de la République, je le dis et je le répète, n’est pas une relation purement politique, elle est fraternelle. Le message qui a été envoyé à travers mon limogeage est un message qui a été bien perçu par les uns et les autres parce que si le Président commence par sanctionner ceux qui lui sont plus proches, cela veut dire qu’il n’épargnera personne d’autre. Je rends grâce à Dieu parce que je suis encore là, je continue à dérouler mon agenda politique avec mes partisans, je m’ouvre au reste du monde parce que c’est lui qui m’a permis d’avoir ce niveau relationnel assez important qui me permet d’aller voir ce qui se passe ailleurs et de mobiliser tout pour le développement de notre pays.

Nous nous acheminons vers des élections locales. Etes-vous toujours candidat à la mairie de Fatick ?

Bientôt, je vais ouvrir beaucoup de mines vertes à Fatick. Je ne le promets pas, c’est un engagement que je prends. Des mines vertes qui vont permettre à Fatick et aux Fatickois de comprendre que le développement local, c’est de la technique, de la science. Nous allons mobiliser un réseau de partenariats assez dense parce que nous considérons qu’il est très facile de vendre la ville du président de la République à l’international. Tout cela au grand bénéfice des Fatickois. Nous arriverons bientôt à une élection et on verra qui les Fatickois choisiront. Mais je considère a priori que nous avons un devoir à l’endroit de Fatick, cette ville qui nous a vu naître. Ce devoir, c’est de faire en sorte qu’elle se positionne davantage et mieux dans le concert des villes du monde. Fatick mérite mieux que ce qu’elle vit actuellement. Si on procède à un bilan de l’équipe municipale, il est plus que négatif. Cela n’est pas conforme à la volonté du président de la République qui souhaite qu’à l’initiative des Fatickois, de très grands projets puissent y voir le jour. L’équipe municipale a été incapable de le faire. Cela est regrettable mais nous allons faire face en essayant d’apporter notre modeste contribution et de permettre aux Fatickois de faire un choix conséquent le moment venu. Nous disons oui pour être maire de Fatick si les Fatickois le veulent.

Au cas où le président de la République ne vous choisirait pas pour être le candidat de Benno bokk yaakaar, qu’allez-vous faire ?
Je considère que je serai choisi par le président de la République. Je ne pose pas l’hypothèse que je ne serai pas choisi et je vous assure que je serai le meilleur maire que Fatick n’aura jamais connu. Si je ne suis pas choisi, j’aviserai le moment venu.

Partager Facebook Twitter Pinterest LinkedIn WhatsApp

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.