Et si on écoutait Didier Raoult ?

Pendant que le gouvernement décrète l’état d’urgence suivi de couvre-feu — pourquoi pas faire une déclaration de guerre votée par l’Assemblée nationale pendant qu’on y est ? — face à une maladie qui ressemble beaucoup à notre bon vieux palu qui tue des dizaines de personnes dans notre pays chaque année, on gagnerait, comme nous y invitions dans notre édition de vendredi, à ne pas céder à la panique.

Car, encore une fois, le Covid-19 est beaucoup moins mortel que la fièvre Ebola et sans doute que le palu. Ce même s’il fait des ravages en Europe après avoir fait une hécatombe en Chine. Dans cette ambiance d’hystérie et de paranoïa, on gagnerait pourtant à écouter un érudit comme le Pr Didier Raoult qui est une autorité en matière de maladies infectieuses. Pour mieux le connaître, voici un extrait de ce que l’hebdomadaire français « Le Nouvel Observateur » écrit sur lui. De quoi revenir de bien des idées reçues à propos du coronavirus…

« Depuis maintenant plusieurs semaines, le professeur Didier Raoult prône l’usage de la chloroquine pour soigner les patients atteints du Covid-19. Il en veut pour preuve les essais concluants qu’il a menés sur plusieurs malades. S’il semble avoir l’attention du ministère de la Santé, certains médecins l’accusent de griller les étapes en matière de tests et de faire naître de faux espoirs. Alors qui est vraiment ce professeur controversé ?

Didier Raoult est l’un des plus grands experts mondiaux en matière de maladies infectieuses et tropicales. Il fait d’ailleurs partie des onze membres du conseil scientifique qui aiguille en ce moment le gouvernement sur l’épidémie de Covid-19. Âgé de 68 ans, l’infectiologue aux longs cheveux blancs et à la barbe hirsute est parfois accusé sur les réseaux sociaux d’être un charlatan ou en manque de reconnaissance. Pourtant, celui qui dirige l’institut hospitalo-universitaire de Marseille n’en est pas à son coup d’essai.

1. Flegme

Pour lui, « la pire maladie du siècle [est] la peur ». Le directeur de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection (Marseille) n’est pas impressionné par le Covid19 et comprend mal l’agitation qu’il suscite : en 2017, il y a eu en france une surmortalité de plus de 60 000 personnes due aux virus respiratoires, rappelle-t-il pour minimiser les centaines de morts constatées chaque jour. Pour lui, le coronavirus n’est pas tellement plus menaçant que les 20 virus respiratoires qui circulent déjà. « Soit il deviendra le 21e, soit  il  disparaîtra  comme  le SRAS. » Un flegme provocateur qui hérisse nombre de ses collègues. Le fait qu’il s’apprête à publier un livre en pleine crise (« épidémies, vrais dangers et fausses alertes », Lafon) ne fait rien pour apaiser les critiques

2. Conseil scientifique

Incontournable, il a été nommé au conseil scientifique Covid-19 mandaté par le gouvernement. Ce qui ne l’empêche pas de marquer sa dissonance. La situation, dit-il, « ne justifie  pas  des  mesures  dignes d’une  catastrophe  atomique  ». Il juge que le confinement total est une impasse. Il suggère la voie coréenne : « Multiplier les tests, traiter les malades,  n’isoler  que les  gens positifs. » « Il a mis ses couilles sur la table », commente-t-on dans les couloirs de l’IHU, selon « la Provence »

3. Chloroquine

Le 25 février, il annonce que la chloroquine, antipaludéen bien connu (Nivaquine, Plaquenil), est « le traitement le moins cher et le plus simple pour traiter le Covid-19 ». Le 16 mars, il dévoile les premiers résultats de ses essais : sur 24 malades, les trois quarts n’étaient plus porteurs après six jours. « C’est l’antibiotique des virus, faut pas chercher midi à quatorze heures », résume le professeur, qui cite aussi des études chinoises. Des infectiologues mettent en garde contre les « effets d’annonce », les «  faux espoirs », les « médicaments miracles ». «  De  petits  marquis  parisiens », rétorque-t-il. Le gouvernement, après avoir fait la moue, a demandé à l’Inserm d’explorer cette piste. Nouveaux tests « prometteurs » de la chloroquine pour lutter contre le coronavirus

4. Immodestie

Raoult a beaucoup de qualités ; la modestie n’en fait pas partie. Il dit des trucs comme : « Les footballeurs ne sont pas tous égaux. Les journalistes savent ça pour les footballeurs, mais pas pour les scientifiques » ; « Je suis ce que les Américains appellent un  “maverick”  » ; «  Dans  mon monde,  je  suis  une  star  mondiale » ; « Je suis scientifique, c’est ce qui manque dans ce pays. »

5. Inserm

Le pilotage des essais cliniques sur la chloroquine a été confié à l’Inserm, avec lequel Raoult a eu des relations en dents de scie. Il a reçu en 2010 le prestigieux grand prix de l’institut. Mais en 2018, Yves Lévy, alors patron de l’organisme public de recherche médicale, et époux d’Agnès Buzyn, a refusé de donner le précieux label Inserm aux recherches de l’IHU marseillais.

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